‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 80 sur 386 · SAISINE · texte numérisé non relu

SAISINE

Parmi nos déplaisirs souff.ez que je vous blâme ^ :

' Ce VOIS de comédie démontre l'inuMIité de la scène. La ufces-siie a savoir comme tout se passe condamne tout ce froid dialogue. (V.) 'Ce discours de Julie est trop d'une so>'Drcttc de comédie (V.) ^ Cette sccne est encore froide. On sont trop que Sabine cl CaoïUle ne

ACTK m, SCtNE IV. 13S

Je ne puis approuver tant de trouble en votre iime : Que feriez-vous , ma scnir, au point où je me vois , Si vous aviez à craindre autant que je le dois , VA si vous attendiez de leurs armes fatales Des maux pareils aux miens , et des pertes égales?

CAMILLE

Parlez plus sainement de vos maux et des miens : Chacun voit ceux d'autrui d'un autre œil que les siens ; Mais , à bien regarder ceux où le ciel me plonge, Les vôtres auprès d'eux vous sembleront un songe. La seule mort d'Horace est à craindre pour vous. Des frères ne sont rien à l'égal d'un époux ; L'hymen qui nous attache en une autre famille ' Nous détache de celle où l'on a vécu fille ; On voit d'un œil divers des nœuds si différents , Et pour suivre un mari l'on quitte ses parents : Mais , si près d'un hymen , l'amant que donne un père Nous est moins qu'un époux , et non pas moins (pi'un frère ; Nos sentiments entre eux demeurent suspendus , - Notre choix impossible , et nos vœux confondus. Ainsi , ma sœur, du moins vous avez dans vos plaintes Où porter vos souhaits et terminer vos craintes ; IMais si le ciel s'obstine h nous persécuter, Pour moi j'ai tout à craindre, et rien à souhaiter.

SABINE

Quand il faut que l'un meure et par les mains de l'autre, C'est un raisonnement bien mauvais que le votre ■'.

sont là que poiiraniuspr le peuple en attendant qu'il arrive un événement intéressant; elles répètent ce qu'elles ont déjà dit. Corneille manque à la grande régie , semperad evenliim festinat ; mais quel homme l'a toujours observée? J'avouerai que Shakspeare est, de tous les auteurs tragiques, celui où l'on trouve le moins de ces scènes de pure conversation : ily a presque toujours quelque chose de nouveau dans chacune de ses scènes ; c'est, à la vérité, aux dépens des règles et de la bienséance et de la vraisemblance ; c'est en entassant vingt années d'événements les uns sur les autres ; c 'est en mêlant le grotesque au terrible; c'est en passant d'un cabaret à un champ de bataille , et d'an cimetière à un trône; mais enfin il attache. L'art serait d'attacher et de surprendre toujours, sans aucun de ces moyens irréguliers et burlesques tant employés sur les théâtres espagnols et anglais, (v.)

' Il faut attache à une autre famille : d'Mlnns ces vers sont trop faaiiliers. (V.)

" Ce mot seul Ae raisonnement est la condamnation de celte scène el rte toutes celles qui lu! ressemblent. Tout doit être action dans une Ira-

Quoique ce soieul , ma sœur, des nœuds bien différents ,

C'est sans les oublier qu'on quitte ses parents :

L'iijmen n'efface point ces profonds caractères ;

Pour aimer un mari , l'on ne hait pas ses frères ;

La nature en tout temps garde ses premiers droits ;

Aux dépens de leur vie on ne fait point de choix :

Aussi bien qu'un époux ils sont d'autres nous-mêmes ;

Et tous maux sont pareils alors qu'ils sont extrêmes ' :

Mais l'amant qui vous charme et pour qui vous brûlez

>'e vous est, après tout, que ce que vous voulez ;

Une mauvaise humeur, un peu de jalousie,

En fait assez souvent passer la fantaisie.

Ce que peut le caprice , osez-le par raison ,

Et laissez votre sang hors de comparaison :

C'est crime qu'opposer des liens volontaires

A ceux que la naissance a rendus nécessaires.

Si donc le ciel s'obstine à nous persécuter.

Seule j'ai tout à craindre , et rieu à souhaiter ;

Mais pour vous , le devoir vous donne , dans vos i)Iaintes ,

Où porter vos souhaits et terminer vos craintes.

CAMILLE

Je le vois bien , ma sœur, vous n'aimâtes jamais ; Vous ne connaissez point ni l'amour ni ses traits ^ : On peut lui résister quand il commence à naître , Mais non pas le bannir quand il s'est rendu maître. Et que l'aveu d'un père , engageant notre foi , A fait de ce tyran un légitime roi :

Il entre avec douceur, mais il règne par force ^ ; Et , quand l'àme une fois a goûté son amorce ,

gédie; non que chaque scène doive être un événement, mais cliaqiiLscène doit servir à nouer ou à dénouer l'intrigue ; chaque discours doit être préparation ou obstacle. C'est en vain qu'on cherche à mettre des contrastes entre les caractères dans ces scènes inutiles, si ces contrastes ne produisent rien. (V.)

' Ce beau vers est d'une grande vérité; mais les quatre qui suivent sont des vers comiques, qui gâteraient la plus belle tirade. (V.)

» Ce point est de trop ; 11 faut : yous ne connaissez ni l'amour ni ses traits. (V.)

5 Ces maximes détachées , qui sont un défaut quand la passion doit parler, avaient alors le mérite de la nouveauté ; ou s'écriait: C'est connaître le cœur humain! Slais c'est le connaître bien mieux que de faire dire en sentiment ce qu'on n'exprimait guère alors qu'en sentences, défaut éblouissant que les auteurs imitaient deSénèque. (V.)

ACTL 111, SCKXE V. 137

Vouloir 110 plus aimer, c'est ce qu'elle ne peut , Puisqu'elle ne peut plus vouloir (jue ce qu'il veut' : Ses chaînes sont pour nous aussi fortes «pie belles ^

SCÈxNE V.

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