‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 86 sur 386 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

LE viKiL 1I0R\CE, VALÈRE, CAMILLE.

VALÈKE.

Envoyé par le roi pour consoler un père, El pour lui témoigner...

LE VIEIL IlOHACE.

N'en prenez aucun soin :

C'est un soulagement dont je n'ai pas besoin; Et j'aime mieux voir morts que couverts d'infaniie Ceux que vient de m'ùler une main ennemie. Tous deux pour leur pays sont morts en gens d'iionnciir; 11 me su fil t.

v.\Li;KE.

Mais l'autre est un rare bonheur ; De tous les trois chez' vous il doit tenir la place.

LE VIEIL HORACE

Que n'a-t-on vu périr en lui le nom d'Horace!

VALÈRE

Seul vous le maltraitez après ce qu'il a fait.

LE VIEIL UORACE.

C'est à moi seul aussi de punir son forfait.

VALÈRE

Quel forfait trouvez-vous en sa bonne condiiiu ?

LE VIEIL HORACE

Quel éclat de vertu trouvez- vous en sa fuite.'

VALÈRE

La fuite est glorieuse en cette occasion.

LE VIEIL HORACE

Vous redoublez ma honte et ma confusion : Certes, l'exemple est rare et digne de mémoin-, [)e trouver dans la fuite un chemin à la gloire.

VALÈRE

Quelle confusion, et quelle honte à vous D'avoir produit un (ils qui nous conserve tous, Qui fait triompher Rome, et lui gagne un empire? A quels plus grands honneurs faut-il qu'un père aspire.'

l.E VIEIL HORACE.

Quels honneurs, quel triomphe, et quei empiie eofin.j Lorsque .\lbe sous ses lois rauiie notre destin .'

lU HORACii.

VALÈRE

Que parlez- TOUS ici d'Albe et de sa victoire .* Ignorez-Tous encor la moitié de l'histoire?

Je sais (pie par sa fuite il a trahi l'État.

VALÈRE

Oui , s'il eût en fuyant terminé le combat ;

Mais on a bientôt vu qu'il ne fuyait qu'en homme

Qui savait ménager l'avantage de Rome

LE VIEIL HORACE

Quoi , Rome donc triomphe ' ?

VALÈRF.

Apprenez , apprenez La valeur de ce fils qu'à tort vous condamnez.

Resté seul contre trois , mais eu cette aventure Tous trois étant blessés , et lui seul sans blessure , Trop faible pour eux tous, trop fort pour chacun d'eux, 11 sait bien se tirer d'un pas si hasardeux ; 11 fuit pour mieux combattre , et cette prompte ruse Divise adroitement trois frères qu'elle abuse. Cliacun le suit d'un pas ou plus ou moins pressé, Selon qu'il se rencontre ou plus ou moins Ijlessé; Leur ardeur est égale à poursuivre sa fuite; Mais leurs coups inégaux séparent leur poursuite. Horace, les voyant l'un de l'autre écartés , Se retourne, et déjà les croit demi domptés : Il attend le premier, et c'était votre gendre. L'autre , tout indigné qu'il ait osé l'attendre, En vain en l'attaquant fait paraître un grand cœur, Le sang qu'il a perdu ralentit sa vigueur. Albe à son tour commence à craindre un sort contraire , Elle crie au second qu'il secoure sou frère : Il se hâte et s'épuise en eiforts superflus; Il trouve en les joignant que son frère n'est plus.

CAMILLE

Hélas!

VALÈRE

Tout hors d'haleine il prend pourtant sa place.

' Que ce mot est pathétique! comme ii sort des entrailler, d'un vieux Romain ! .;V.>

Page 1