‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 99 sur 386 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

TULLE, VALÈRE, le vieil HORACE, HORACE, SABINE.

SABINE

Sire , écoulez Sabine ; et voyez dans son âme Les douleurs d'une sœur, et celles d'une feniin<" Qui , toute désolée , à vos sacrés genoux , Pleure pour sa famille, et craint pour son époux. Ce n'est pas que je veuille avec cet artifice Dérober un coupable au bras de la justice ; Quoi qu'il ait fait pour vous, traitez-le comme tel, Et punissez en moi ce noble criminel ; De mon sang malheureux expiez tout son crime : Vous ne changerez point pour cela de victime; Ce n'en sera point prendre une injuste pitié. Mais en sacrifier la plus chère moitié. Les nœuds de l'hyménée , et son amour extrême , Font qu'il vit plus en moi qu'il ne vit en lui-même. Et si vous m'accordez de mourir aujourd'hui , 11 mourra plus en moi qu'il ne mourrait en lui ' ;

' Ces .subtilités de Sabine Jettent beaucoup de froid sur cette scène. On est las de voir une femme qui a toujours eu une douleur étudiée , oui a proposé à Horace de lu tuer afin die Curiacc la vengeât, el qu5

IC2 HORACli:.

La mort que je demande , et qu'il faut que j'obtienne,

Au<^mentera sa peine, et finira la mienne.

Sire , voyez l'excès de mes tristes ennuis ,

Et l'effroyable état où mes jours sont réduits.

Quelle horreur d'embrasser un homme dont l'épée

De toute ma famille a la trame coupée I

Kt quelle impiété de hair un époux

Pour avoir bien servi les siens, l'État, et vous!

Aimer un bras souillé du sang de tous mes frères!

N'aimer pas im mari qui finit nos misères!

Sire , délivrez-moi , par un heureux trépas ,

Des crimes de l'aimer et de ne l'aimer pas ;

J'en nommerai l'arrêt une faveur bien grande.

Ma main peut me donner ce que je vous demande;

Mais ce trépas enfin me sera bien plus doux ,

Si je puis de sa honte affranchir mou époux ;

Si je puis par mon sang apaiser la colère

Des dieux qu'a pu fâcher sa vertu trop sévère ,

Satisfah-e , en mourant, aux mânes de sa sœur,

El conserver à Rome un si bon défenseur.

LE VIEIL HORACE

Sire , c'est donc à moi de répondre à Yalère. Mes enfants avec lui conspirent contre un père; Tous trois veulent me perdre , et s'arment sans raison Contre si peu de sang qui reste eu ma maison.

(à Sabioe.) Toi , qui , par des douleurs à ton devoir contraiies, Veux quitter un mari pour rejoindre tes frères, Va plutôt consulter leurs mânes généreux; Ils sont morts, mais pour Albe, et s'en tiennent heureux. Puisque le ciel voulait qu'elle fût asservie , Si quelque sentiment demeure après la vie , Ce mal leur semble mohidre, et moins rudes ses coups, Voyant que tout l'honneur en retombe sur nous; Tous trois désavoueront la douleur qui te touche. Les larmes do tes yeux , les soupirs de ta bouche, L'horreur que lu fais voir d'un mari vertueux '.

maintenant veut qu'on la f;isse mourir pour Horace , parce que Horace vit en elle. l\.)

' Cela n'est pas vrai. Sabini-, qui veut luourir pour Horace> n'a point :iionlré d'iioncur pour lui. iV.;

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