‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 100 sur 417 · HÉRACLIUS, EUDOXE · texte numérisé non relu

HÉRACLIUS, EUDOXE

HÉRADLHJS.

Vous avez grand sujet d’appréhender pour elle :

Phocss au dernier point le tiendra criminelle ;

Et je le connais mal, ou s’il la peut trouver,

Il n’est moyen humain qui puisse la sauver.

Je vous plains , chère Eudoxe , et non pas votre mère ;

Elle a bien mérité ce qu’a fait Exupère ; il trahit justement qui voulait me trahir.

EUDOXE

Vous croyez qu’à ce point elle ait pu vous haïr,

Vous pour qui son amour a forcé la nature?

Comment voulez-vous donc nommer son imposture ? M’empêcher d’entreprendre, et, par un faux rapport, Confondre en Martian et mon nom et mon sort 2 ;

1 L’embarras croît, le nœud se redouble. Héraclius se croît tralii par Léontine et par Exupère : mais il n’est point encore en péril ; il est avec sa maîtresse; il raisonne avec elle sur l’aventure du billet. Les passions de l’ilme n’ont encore aucune influence sur la pièce; aussi les vers de cette scène sont tous de raisonnnement. C’est à mon avis , l’opposé de 1» véritable tragédie. Des discussions en vers froids et durs peuvent occuper l’esprit d’un spectateur qui s’obstine à vouloir comprendre ccl{c énigme ; mais ils ne peuvent aller au cœur, ils ne peuvent exciter ni crainte, ni pitié, ni admiration. (V).

2 L’expression n’est ni juste ni claire; il veut dire : donner à Mar* ti'in mon nom et mes droits. ( V. >

I1ÉRACL1ÜS.

Abuser d’un billet que le hasard lui donne;

Attacher de sa main mes droits à sa personne ,

Et le mettre en état , dessous sa bonne foi ,

De régner en ma place, ou de périr pour moi :

Madame, est-ce en effet me rendre un grand service?

EUDOXE

Eût-elle démenti ce billet de Maurice?

Et l’eût-elle pu faire , à moins que révéler Ce que surtout alors il lui fallait celer?

Quand Martian par là n’eût pas connu son père ,

C’était vous hasarder sur la foi d’Exupère :

Elle en doutait , seigneur ; et , par l’événement ,

Vous voyez que son zèle en doutait justement.

Sûre en soi des moyens de vous rendre l’empire.

Qu’à vous-même jamais elle n’a voulu dire 1 2 ,

Elle a sur Martian tourné Te coup fatal De l’épreuve d’un cœur qu’elle connaissait mal Seigneur, où seriez-vous sans ce nouveau service?

IIÉKACLtUS.

Qu’importe qui des deux on destine au supplice?

Qu’importe , Martian , vu ce que je te doi ,

Qui trahisse mon sort, d’Exupère ou de moi?

Si l’on ne me découvre , il faut que je m’expose ;

Et l’un et l’autre enfin ne sont que même chose ;

Sinon qu’étant trahi je mourrais malheureux ,

Et que, m’offrant pour toi , je mourrai généreux.

EUDOXE

Quoi ! pour désabuser une aveugle furie,

Rompre votre destin , et donner votre vie !

IIÉRACLIUS.

Vous êtes plus aveugle encore en votre amour.

Périra-t-il pour moi quand je lui dois le jour? ’

Et lorsque sous mon nom il se livre à sa perte,

Tiendrai-je sous le sien ma fortune couverte?

S’il s’agissait ici de le faire empereur,

Je pourrais lui laisser mon nom et son erreur :

1 Par la construction : elle n'a pas voulu dire l'empire ; clic veut parler des moyens.

2 Tourner le coup de l'épreuve d'un cœur n’est pas intelligible; et tout ce raisonnement d’Eudoxc est un peu obscur. (V.)

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