HÉRACLIUS, EUDOXE
HÉRADLHJS.
Vous avez grand sujet d’appréhender pour elle :
Phocss au dernier point le tiendra criminelle ;
Et je le connais mal, ou s’il la peut trouver,
Il n’est moyen humain qui puisse la sauver.
Je vous plains , chère Eudoxe , et non pas votre mère ;
Elle a bien mérité ce qu’a fait Exupère ; il trahit justement qui voulait me trahir.
EUDOXE
Vous croyez qu’à ce point elle ait pu vous haïr,
Vous pour qui son amour a forcé la nature?
Comment voulez-vous donc nommer son imposture ? M’empêcher d’entreprendre, et, par un faux rapport, Confondre en Martian et mon nom et mon sort 2 ;
1 L’embarras croît, le nœud se redouble. Héraclius se croît tralii par Léontine et par Exupère : mais il n’est point encore en péril ; il est avec sa maîtresse; il raisonne avec elle sur l’aventure du billet. Les passions de l’ilme n’ont encore aucune influence sur la pièce; aussi les vers de cette scène sont tous de raisonnnement. C’est à mon avis , l’opposé de 1» véritable tragédie. Des discussions en vers froids et durs peuvent occuper l’esprit d’un spectateur qui s’obstine à vouloir comprendre ccl{c énigme ; mais ils ne peuvent aller au cœur, ils ne peuvent exciter ni crainte, ni pitié, ni admiration. (V).
2 L’expression n’est ni juste ni claire; il veut dire : donner à Mar* ti'in mon nom et mes droits. ( V. >
I1ÉRACL1ÜS.
Abuser d’un billet que le hasard lui donne;
Attacher de sa main mes droits à sa personne ,
Et le mettre en état , dessous sa bonne foi ,
De régner en ma place, ou de périr pour moi :
Madame, est-ce en effet me rendre un grand service?
EUDOXE
Eût-elle démenti ce billet de Maurice?
Et l’eût-elle pu faire , à moins que révéler Ce que surtout alors il lui fallait celer?
Quand Martian par là n’eût pas connu son père ,
C’était vous hasarder sur la foi d’Exupère :
Elle en doutait , seigneur ; et , par l’événement ,
Vous voyez que son zèle en doutait justement.
Sûre en soi des moyens de vous rendre l’empire.
Qu’à vous-même jamais elle n’a voulu dire 1 2 ,
Elle a sur Martian tourné Te coup fatal De l’épreuve d’un cœur qu’elle connaissait mal Seigneur, où seriez-vous sans ce nouveau service?
IIÉKACLtUS.
Qu’importe qui des deux on destine au supplice?
Qu’importe , Martian , vu ce que je te doi ,
Qui trahisse mon sort, d’Exupère ou de moi?
Si l’on ne me découvre , il faut que je m’expose ;
Et l’un et l’autre enfin ne sont que même chose ;
Sinon qu’étant trahi je mourrais malheureux ,
Et que, m’offrant pour toi , je mourrai généreux.
EUDOXE
Quoi ! pour désabuser une aveugle furie,
Rompre votre destin , et donner votre vie !
IIÉRACLIUS.
Vous êtes plus aveugle encore en votre amour.
Périra-t-il pour moi quand je lui dois le jour? ’
Et lorsque sous mon nom il se livre à sa perte,
Tiendrai-je sous le sien ma fortune couverte?
S’il s’agissait ici de le faire empereur,
Je pourrais lui laisser mon nom et son erreur :
1 Par la construction : elle n'a pas voulu dire l'empire ; clic veut parler des moyens.
2 Tourner le coup de l'épreuve d'un cœur n’est pas intelligible; et tout ce raisonnement d’Eudoxc est un peu obscur. (V.)