SCÈNE PREMIÈRE
Quelle confusion étrange 1 De deux princes fait un mélange Qui met en discord deux amis !
Un père ne sait où se prendre;
Et plus tous deux s’osent défendre Du titre infâme de son fils ,
Plus eux-mêmes cessent d’entendre Les secrets qu’on leur a commis.
1 un a presque toujours retranché aux représentations ces stances , elles ne valent ni celles de Polyeucte , ni celles du Cid : ce n’est qu’une ode du poète sur l’incertitude où les héros de la pièce sont de leur destinée ; ce n’est qu’une répétition de tous les sentiments tant de fois étalés dans la pièce ; et, puisque c’est une répétition, c’est un défaut. Un mélange de deux princes , deux amis en discord , un sort brouille, ce qu'IIéraclius a de connaissance qui brave une orgueilleuse puissance, ne sont pas des manières de parler qui puissent entrer ni dans une tragédie , ni dans des stances. (V.)
Léontine avec tant de ruse Ou me favorise ou m’abuse ,
Qu’elle brouille tout notre sort :
Ce que j’en eus de connaissance Brave une orgueilleuse puissance Qui n’en croit pas mon vain effort ;
Et je doute de ma naissance Quand on me refuse la mort.
Ce fier tyran qui me caresse Montre pour moi tant de tendresse ,
Que mon cœur s’en laisse alarmer :
Lorsqu’il me prie et me conjure ,
Son amitié paraît si pure ,
Que je ne saurais présumer Si c’est par instinct de nature ,
Ou par coutume de m’aimer.
Dans cette croyance incertaine ,
J’ai pour lui des transports de haine Que je ne conserve pas bien :
Cette grâce qu’il veut me faire Étonne et trouble ma colère ;
Et je n’ose résoudre rien ,
Quand je trouve un amour de père En celui qui m’ôta le mien.
Retiens , grande ombre de Maurice,
Mon âme au bord du précipice Que cette obscurité lui fait ,
Et m’aide à faire mieux connaître Qu’en ton fils Dieu n’a pas fait naître Un prince à ce point imparfait ,
Ou que je méritais de l’être ,
Si je ne le suis en effet.
Soutiens ma haine qui chancelle;
Et, redoublant pour ta querelle Cette noble ardeur de mourir ,
Fais voir... Mais il m’exauce ; on vient me secourir.