‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 113 sur 417 · HÉRACL1US, PULCHÉRIE · texte numérisé non relu

HÉRACL1US, PULCHÉRIE

0 ciel ! quel bon démon devers moi vous envoie ,

Madame 1 ?

PULCHÉRIE

Le tyran , qui veut que je vous voie ,

Lt met tout en usage afin de s’éclaircir.

héraclius.

Par vous-même en ce trouble il pense réussir î

PULCHÉRIE

Il le pense, seigneur; et ce brutal espère

Mieux qu’il ne trouve un fils que je découvre un frère :

Comme si j’étais fille à ne lui rien celer

De tout ce que le sang pourrait me révéler!

Puisse- t-il par un trait de lumière fidèle Vous le mieux révéler qu’il ne me le révèle !

Aidez-moi cependant , madame , à repousser Les indignes frayeurs dont je me sens presser ...

PULCHÉRIE

Ah ! prince , il ne faut point d’assurance plus claire ;

Si vous craignez la mort, vous n’êtes point mon frère 2 :

Ces indignes frayeurs vous ont trop découvert.

héraclius.

Moi , la craindre , madame ' Ah ! je m’y suis offert.

Qu’il me traite en tyran , qu’il m’envoie au supplice ,

1 On sent ici que le terrain manque à l’auteur : cette scène est entièrement inutile au dénoûment de la pièce ; mais non-seulement elle est inutile, elle n’est pas vraisemblable : il n’est pas possible que Phocas se serve ici de la fille de Maurice comme il emploierait un confident sur lequel il compterait; il l’a menacée vingt fois de la mort; elle lui a parlé avec la plus grande horreur et le plus profond mépris, et il l’envoie tranquillement pour surprendre le secret d’Héraclius. Un tel changement dans le caractère devrait au moins être excusé , s’il peut l’être, par une exposition pathétique du trouble extrême où est Phocas, et qui le réduit à implorer le secours de Pulchérie même, sa mortelle ennemie. (V.)

2 Cela est bien subtil ; ce ne sont pas là des raisons : elle se presse trop ; elle joue sur le mot de frayeur. Tout ce que disent ici Héraclius et Pulchérie n'ajoute rien à l’intrigue , ne conduit en rien au dénouaient,

Je suis Héraclius , je suis fils de Maurifce;

Sous ces noms précieux je cours m’ensevelir,

Et m’étonne si peu que je l’en fais pâlir.

Mais il me traite en père, il me flatte , il m'embrasse ; Je n’en puis arracher une seule menace :

J’ai beau faire et beau dire afin de l’irriter,

Il m’écoute si peu qu’il me force à douter.

Malgré moi comme fils toujours il me regarde ;

Au lieu d’être en prison , je n’ai pas même un garde. Je ne sais qui je suis, et crains de le savoir;

Je veux ce que je dois, et cherche mon devoir :

Je crains de le haïr, si j’en tiens la naissance;

Je le plains de m’aimer, si je m’en dois vengeance ;

Et mon cœur, indigné d’une telle amitié ,

En frémit de colère et tremble de pitié.

De tous ses mouvements mon esprit se défie;

II condamne aussitôt tout ce qu’il justifie.

La colère, l’amour, la haine , et le respect,

Ne me présentent rien qui ne me soit suspect.

Je crains tout, je fuis tout; et, dans cette aventure , Des deux côtés en vain j’écoute la nature.

Secourez donc un frère en ces perplexités.

PULCHÉRÎE.

Ah ! vous ne l’êtes point, puisque vous en doutez *. Celui qui , comme vous , prétend à cette gloire ,

D’un courage plus ferme en croit ce qu’il doit croire. Comme vous on le flatte , il y sait résister ;

* C’est encore une de ces subtilités qui ne vont point au cœur , qui ne causent ni terreur ni trouble: il faut, dans un cinquième acte, autre chose que du raisonnement; et ce raisonnement de Pulchérie n’est pas juste. Héraclius peut très-bien douter quïl soit fils de Maurice , et cependant être son fils ; il a môme les plus grandes raisons pour en douter. Roileau condamnait hautement dans Corneille toutes ces scènes de raisonnements , et surtout celles qui refroidissent toutes les pièces qu’il fit après Héraclius.

En vain vous étalez une scène savante ;

Vos froids raisonnements ne feront qu’attiédir Un spectateur toujours paresseux d’applaudir.

Et qui, des vains efforts de votre rhétorique Justement fatigué, s’endort , ou vous critique.

Il est cependant naturel qu’Héraclius explique ses doutes. Le grand déraut de cette scène est , comme on l’a dit , qu’elle ne conduit à rien du fout. (V.)

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