‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 120 sur 417 · HÉRACLIUS , MARTI AN, PULCHÉRIE · texte numérisé non relu

HÉRACLIUS , MARTI AN, PULCHÉRIE

» PULCHÉRIE

Le lâche, il vous flattait lorsqu’il tremblait dans Taine.

Mais tel est d’un tyran le naturel infâme :

Sa douceur n’a jamais qu’un mouvement contraint;

S’il ne craint , il opprime ; et s’il n’opprime, il craint.

L’une et l’autre fortune en montre la faiblesse ;

L’une n’est qu’insolence , et l’autre que bassesse.

A peine est-il sorti de ses lâches terreurs,

Qu’il a trouvé pour moi le comble des horreurs.

Mes frères, puisque enfin vous voulez tous deux l’être

• Cette réponse de Pulehérie nous parait sublime. (P.)

2 Convenons que rien n’est plus outré : un tyran furieux peut bien dire à son ennemi qu’il aime mieux le faire languir dans de longs supplices que de lui donner la mort; mais peut-on dire à une fille : je ne t'aime pas assez pour te faire mourir ? (V.)

3 On ne s’attendait point à cette alternative ; elle aurait quelque chose de trop comique , si cette saillie d’un vieillard n’était tout d’un coup relevée par le vers suivant.

Si vous m’aimez en sœur , faites-le-moi paraître .

Que pouvons-nous tous deux , lorsqu’on tranche nos jours

PULCHÉRIE

Un généreux conseil est un puissant secours.

MARTIAN

11 n’est point de conseil qui vous soit salutaire Que d’épouser le fils pour éviter le père :

L’horreur d’un mal plus grand vous y doit disposer.

PULCHÉRIE

Qui me le montrera , si je veux l’épouser?

Et , dans cet hyménée à ma gloire funeste ,

Qui me garantira des périls de l’inceste?

MARTIAN

Je le vois trop à craindre et pour vous et pour nous : Mais, madame, on peut prendre un vain titre d’époux, Abuser du tyran la rage forcenée,

Et vivre en frère et sœur sous un feint hyménée.

Feindre et nous abaisser à cette lâcheté!

Four tromper un tyran, c’est générosité.

Et c’est mettre , en faveur d’uu frère qu’il vous donne. Deux ennemis secrets auprès de sa personne ,

Qui , dans leur juste haine animés et constants ,

Sur l’ennemi commun sauront prendre leur temps ,

Et terminer bientôt la feinte avec sa vie.

PULCHÉRIE

Pour conserver vos jours et ftiir mon infamie ,

Feignons , vous le voulez , et j’y résiste en vain.

Sus donc, qui de vous deux me prêtera la main?

Qui veut feindre avec moi? qui sera mon complice?

Vous , prince , à qui le ciel inspire l’artifice.

MARTIAN

Vous, que veut le tyran pour fils obstinément.

Vous , qui depuis quatre ans la servez en amant.

MARTIAN

Vous saurez mieux que moi surprendre sa tendresse.

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