HÉRACLIUS , MARTI AN, PULCHÉRIE
» PULCHÉRIE
Le lâche, il vous flattait lorsqu’il tremblait dans Taine.
Mais tel est d’un tyran le naturel infâme :
Sa douceur n’a jamais qu’un mouvement contraint;
S’il ne craint , il opprime ; et s’il n’opprime, il craint.
L’une et l’autre fortune en montre la faiblesse ;
L’une n’est qu’insolence , et l’autre que bassesse.
A peine est-il sorti de ses lâches terreurs,
Qu’il a trouvé pour moi le comble des horreurs.
Mes frères, puisque enfin vous voulez tous deux l’être
• Cette réponse de Pulehérie nous parait sublime. (P.)
2 Convenons que rien n’est plus outré : un tyran furieux peut bien dire à son ennemi qu’il aime mieux le faire languir dans de longs supplices que de lui donner la mort; mais peut-on dire à une fille : je ne t'aime pas assez pour te faire mourir ? (V.)
3 On ne s’attendait point à cette alternative ; elle aurait quelque chose de trop comique , si cette saillie d’un vieillard n’était tout d’un coup relevée par le vers suivant.
Si vous m’aimez en sœur , faites-le-moi paraître .
Que pouvons-nous tous deux , lorsqu’on tranche nos jours
PULCHÉRIE
Un généreux conseil est un puissant secours.
MARTIAN
11 n’est point de conseil qui vous soit salutaire Que d’épouser le fils pour éviter le père :
L’horreur d’un mal plus grand vous y doit disposer.
PULCHÉRIE
Qui me le montrera , si je veux l’épouser?
Et , dans cet hyménée à ma gloire funeste ,
Qui me garantira des périls de l’inceste?
MARTIAN
Je le vois trop à craindre et pour vous et pour nous : Mais, madame, on peut prendre un vain titre d’époux, Abuser du tyran la rage forcenée,
Et vivre en frère et sœur sous un feint hyménée.
Feindre et nous abaisser à cette lâcheté!
Four tromper un tyran, c’est générosité.
Et c’est mettre , en faveur d’uu frère qu’il vous donne. Deux ennemis secrets auprès de sa personne ,
Qui , dans leur juste haine animés et constants ,
Sur l’ennemi commun sauront prendre leur temps ,
Et terminer bientôt la feinte avec sa vie.
PULCHÉRIE
Pour conserver vos jours et ftiir mon infamie ,
Feignons , vous le voulez , et j’y résiste en vain.
Sus donc, qui de vous deux me prêtera la main?
Qui veut feindre avec moi? qui sera mon complice?
Vous , prince , à qui le ciel inspire l’artifice.
MARTIAN
Vous, que veut le tyran pour fils obstinément.
Vous , qui depuis quatre ans la servez en amant.
MARTIAN
Vous saurez mieux que moi surprendre sa tendresse.