‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 121 sur 417 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Vous saurez mieux que moi la traiter de maîtresse.

MARTI AN

Vous aviez commencé tantôt d’y consentir.

PÜLCHÉRIE.

Ah ! princes, votre cœur ne peut se démentir;

Et vous l’avez tous deux trop grand, trop magnanime,

Pour souffrir sans horreur l’ombre même d’un crime.

Je vous connaissais trop pour juger autrement ,

Et de votre conseil , et de l’événement ;

Et je n’y déférais que pour vous voir dédire.

Toute fourbe est honteuse aux cœurs nés pour l’empire : Princes, attendons tout , sans consentir à rien.

Admirez cependant quel malheur est le mien :

L’obscure vérité que de mon sang je signe ,

Du grand nom qui me perd ne me peut rendre digne 1 ;

On n’en croit pas ma mort ; et je perds mon trépas ,

Puisque mourant pour lui je ne le sauve pas.

MARTIAN

Voyez d’autre côté quelle est ma destinée,

Madame : dans le cours d’une seule journée ,

Je suis Héraclius, Léonce et Martian ;

Je sors d’un empereur, d’un tribun , d’un tyran.

De tous trois ce désordre en un jour me fait naître .

Pour me faire mourir enfin sans me connaître.

PÜLCHÉRIE.

Cédez , cédez tous deux aux rigueurs de mon sort :

11 a fait contre vous un violent effort.

Votre malheur est grand ; mais , quoi qu’il en succède ,

La mort qu’on me refuse en sera le remède ;

Et moi... Mais que jious veut ce perfide?

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