‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 145 sur 417 · D. ISABELLE , CARLOS , BLANCHE · texte numérisé non relu

D. ISABELLE , CARLOS , BLANCHE

D. ISABELLE

Voûsavez bien servi , marquis, et jusqu’ici Vos armes ont pour nous dignement réussi :

Je pense avoir aussi bien payé vos services.

Malgré vos envieux et leurs mauvais offices ,

J’ai fait beaucoup pour vous, et tout ce que j’ai fait Ne vous a pas coûté seulement un souhait.

Si cette récompense est pourtant si petite Qu’elle ne puisse aller jusqu’à votre mérite ,

S’il vous en reste encor quelque autre à souhaiter, Parlez , et donnez-moi moyen de m’acquitter.

CARLOS

Après tant de faveurs à pleines mains versées ,

Dont mon cœur n’eût osé concevoir les pensées , Surpris, troublé, confus, accablé de bienfaits,

Que j’osasse former encor quelques souhaits î

D. ISABELLE

Vous êtes donc content; et j’ai lieu de me plaindre.

CARLOS

De moi ?

O* ISABELLE

De vous, marquis. Je vous parle sans feindre : Ecoutez. Votre bras a bien servi l’État,

Tant que vous n’avçz eu que le nom de soldat :

DON SANCHE

Dès que je vous fais grand , sitôt que je vous donne Le droit de disposer de ma propre personne ,

Ce même bras s’apprête à troubler son repos ,

Comme si le marquis cessait d’être Carlos ,

Ou que cette grandeur ne fût qu’un avantage Qui dût à sa ruine armer votre courage.

Les trois comtes en sont les plus fermes soutiens :

Vous attaquez en eux ses appuis et les miens ;

C’est son sang le plus pur que voulez répandre :

Et vous pouvez juger l’honneur qu’on leur doit rendre, Puisque ce même État , me demandant un roi ,

Les a jugés eux trois les plus dignes de moi.

Peut-être un peu d’orgueil vous a mis dans la tête Qu’à venger leur mépris ce prétexte est honnête;

Vous en avez suivi la première chaleur :

Mais leur mépris va-t-il jusqu’à votre valeur?

N’en ont-ils pas rendu témoignage à ma vue?

Ils ont fait peu d’état d’une race inconnue , *

Ils ont douté d’un sort que vous voulez cacher :

Quand un doute si juste aurait dû vous toucher,

J’avais pris quelque soin de vous venger moi-même. Remettre entre vos mains le don du diadème ,

Ce n’était pas, marquis, vous venger à demi.

Je vous ai fait leur juge, et non leur ennemi ;

Et si sous votre choix j’ai voulu les réduire ,

C’est pour vous faire honneur, et non pour les détruire. C’est votre seul avis, non leur sang, que je veux ;

Et c’est m’entendre mal que vous armer contre eux.

N’auriez-vous point pensé que , si ce grand courage Vous pouvait sur tous trois donner quelque avantage , On dirait que l’rÉtat , me cherchant un époux ,

N’en aurait pu trouver de comparable à vous?

Ah ! si je vous croyais si vain , si téméraire;.*

CARLOS

Madame, arrêtez îà votre juste colère;

Je suis assez coupable , et n’ai que trop osé ,

Sans choisir pour me perdre un crime supposé.

Je ne me défends point des sentiments d’estime Que vos moindres sujets auraient pour vous sans crime. Lorsque je vois en vous les célestes accords Des grâces de l’esprit et des beautés du corps ,

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