ACTE IV, SCÈNE III
Vous sert encor d’ obstacle au trône de Castille.
Ce bras , qui vous sauva de la captivité ,
Peut s’opposer encore à votre avidité.
D. MANRIQUE
Pour n’être que Carlos, vous parlez bien en maître,
Et tranchez bien du prince, en déniant de l’être.
Si nous avons tantôt jusqu’au bout défendu L’honneur qu’à notre rang nous voyions être dû ,
Nous saurons bien encor jusqu’au bout le défendre;
Mais ce que nous devons, nous aimons à le rendre.
Que vous soyez don Sanche, ou qu’un autre le soit, L’un et l’autre de nous lui rendra ce qu’il doit.
Pour le nouveau marquis , quoique l’honneur l’irrite, Qu’il sache qu’on l’honore autant qu’il le mérite ;
Mais que , pour nous combattre , il faut que le bon sang Aide un peu sa valeur à soutenir ce rang.
Qu’il n’y prétende point , à moins qu’il se déclare :
Non que nous demandions qu’il soit Guzman ou Lare : Qu’il soit noble , il suffit pour nous traiter d’égal ;
Nous le verrons tous deux comme un digne rival ;
Et si don Sanche enfin n’est qu’une attente vaine.
Nous lui disputerons cet anneau île la reine.
Qu’il souffre cependant, quoique brave guerrier,
Que notre bras dédaigne un simple aventurier.
Nous vous laissons , madame , éclaircir ce mystère ; Le sang a des secrets qu’entend mieux une mère ;
Et , dans les différends qu’avec lui nous avons ,
Nous craignons d’oublier ce que nous vous devons.