‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 164 sur 417 · D. LÉONOR, CARLOS · texte numérisé non relu

D. LÉONOR, CARLOS

CARLOS

Madame, vous voyez comme l’orgueil me traite;

Pour me faire un honneur on veut que je l’achète :

Mais, s’il faut qu’il m’en coûte un secret de vingt ans, Cet anneau dans mes mains pourra briller longtemps.

D. LÉONOR

Laissons là ce combat , et parlons de don Sanche.

Ce bruit est grand pour vous , toute la cour y peache :

CORNEILLE. — T. II. I

DON SANCHE

De grâce, dites-moi, vous connaissez- vous bien?

CARLOS

Plût à Dieu qu’en mon sort je ne connusse rien Si j’étais quelque enfant épargné des tempêtes,

Livré dans un désert à la merci des bêtes ,

Exposé par la crainte ou par l’inimitié ,

Rencontré par hasard , et nourri par pitié ,

Mon orgueil à ce bruit prendrait quelque espérance Sur votre incertitude, et sur mon ignorance ;

Je me figurerais ces destins merveilleux Qui tiraient du néant les héros fabuleux ,

Et me revêtirais des brillantes chimères Qu’osa former pour eux le loisir de nos pères :

Car enfin je suis vain , et mon ambition Ne peut s’examiner sans indignation;

Je ne puis regarder sceptre ni diadème ,

Qu’ils n’emportent mon âme au delà d’elle-même :

Inutiles élans d’un vol impétueux

Que pousse vers le ciel un cœur présomptueux ,

Que soutiennent en l’air quelques exploits de guerre ,

Et qu’un coup d’œil sur moi rabat soudain à terre !

Je ne suis point don Sanche, et connais mes parents ; Ce bruit me donne en vain un nom que je vous rends; Gardez-le pour ce prince : une heure ou deux peut-être Avec vos députés vous le feront connaitre.

Laissez-moi cependant à cette obscurité Qui ne fait que justice à ma témérité.

D. LÉONOR

En vain donc je me flatte , et ce que j’aime à croire N’est qu'une illusion que me fait votre gloire.

Mon cœur vous en dédit ; un secret mouvement,

Qui le penche vers vous , malgré moi vous dément ;

Mais je ne puis juger quelle source l’anime ,

Si c’est l’ardeur du sang , ou l’effort de l’estime;

Si la nature agit , ou si c’est le désir;

Si c’est vous reconnaître , ou si c’est vous choisir.

Je veux bien toutefois ét<5Viffer ce murmure Comme de vos vertus une aimable imposture , Condamner, pour vous plaire, un bruit qui m’est si dou Mais où sera mon fils s’il ne vit point en vous?

On veut qu’il soit ici ; je n’en vois aucun signe ;

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