‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 165 sur 417 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

On connaît, hormis vous , quiconque en serait digne ;

Et le vrai sang des rois , sous le sort abattu ,

Peut cacher sa naissance , et non pas sa vertu :

II porte sur le front un luisant caractère Qui parle malgré lui de tout ce qu’il veut taire ;

Et celui que le ciel sur le vôtre avait mis Pouvait seul m’éblouir si vous l’eussiez permis.

Vous ne l’êtes donc point, puisque vous me le dites : Mais vous êtes à craindre avec tant de mérites.

Souffrez que j’en demeure à cette obscurité.

Je ne condamne point votre témérité ;

Mon estime, au contraire, est pour vous si puissante , Qu’il ne tiendra qu’à vous que mon cœur n’y consente : Votre sang avec moi n’a qu’à se déclarer,

Et je vous donne après liberté d’espérer.

Que si même à ce prix vous cachez votre race ,

Ne me refusez point du moins une autre grâce :

Ne vous préparez plus à nous accompagner ;

Nous n’avons plus besoin de secours pour régner.

La mort de don Garcie a puni tous ses crimes ,

Et rendu l’ Aragon à ses rois légitimes ;

N’en cherchez plus la gloire; et quels que soient vos vœux , Ne me contraignez point à plus que je ne veux.

Le prix de la valeur doit avoir ses limites;

Et je vous crains enfin avec tant de mérites.

C’est assez vous en dire. Adieu : pensez-y bien ,

Et fai tes- vous connaître, ou n’aspirez à rien.

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