ACTE V, SCÈNE VU
De ce retardement où j’ai su vous contraindre.
Et pour moi , que le ciel destinait pour un roi Digne de la Castille , et digne encor de moi ,
J’avais mis cette bague en des mains assez bonnes Pour la rendre à don Sanche , et joindre nos couronnes.
CARLOS
Je ne m’étonne plus de l’orgueil de mes vœux Qui , sans le partager, donnaient mon cœur à deux ;
Dans les obscurités d’une telle aventure,
L’amour se confondait avecque la nature.
Le nôtre y répondait sans faire honte au rang ,
Et le mien vous payait ce que devait le sang.
CARLOS, à D. Elvire.
Si vous m’aimez encore , et m’honorez en frère ,
Un époux de ma main pourrait-il vous déplaire?
Si don Alvar de Lune est cet illustre époux ,
Il vaut bien à mes yeux tout ce qui n’est point vous.
CARLOS, à D. Elvire.
11 honorait en moi la vertu toute nue.
( à D. Maurique et à D. Lope. )
Et vous, qui dédaigniez ma naissance inconnue,
Comtes , et les premiers en cet événement Jugiez en ma faveur si véritablement,
Votre dédain fut juste autant que son estime;
C’est la môme vertu sous une autre maxime.
D. RAIMOND, à D. Isabelle.
Souffrez qu’à l’ Aragon il daigne se montrer.
Nos députés , madame , impatients d’entrer...
D. ISABELLE
Il vaut mieux leur donner audience publique ,
Afin qu’aux yeux de tous ce miracle s’explique.
Allons ; et cependant qu’cn mette en liberté Celui par qui tant d’heur nous vient d’être apporté;
Et qu’on l’amène ici, plus heureux qu’il ne pense,
Recevoir de ses soins la digne récompense
1 La grandeur héroïque de don Sanche , qui se croit fils d’un pécheur, est d’une beauté dont le genre était inconnu en France; mais c’est la seule chose qui pût soutenir cette pièce. Le succès dépend presque toujours du sujet. Pourquoi Corneille choisit-il un roman espagnol,