‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 182 sur 417 · EXAMEN DE DON SANCHE D’ARAGON · texte numérisé non relu

EXAMEN DE DON SANCHE D’ARAGON

Cette pièce est toute d’invention , mais elle n’est pas toute de la mienne. Ce qu’a de fastueux le premier acte est tiré d’une comédie espagnole, intitulée El Palacio confuso ; et la double reconnaissance qui linit le cinquième est prise du roman de don Pélage. Elle eut d’abord grand éclat sur le théâtre ; mais une disgrâce particulière lit avorter toute sa bonne fortune. Le refus d’un illustre suffrage 1 dissipa les applaudissements que le

une comédie espagnole, pour son modèle, au lieu de choisir dans l’iiistoire romaine et dans la fable grecque? C’eut été un très-beau sujet qu’un soldat de fortune qui rétablit sur le trône sa maîtresse et sa mère sans les connaître. Mais il fraudrait que dans un tel sujet tout fût grand et intéressant. (V.)

1 Corneille prétend que le refus d’un suffrage illustre fit tomber son Don Sancke. Le suffrage qui lui manqua fut celui du grand Condé ; mais Corneille devait se souvenir que les dégoûts et les critiques du cardinal de Richelieu , homme plus accrédité dans la littérature que le grand Condé, n’avaient pu nuire au Cid. Il est plus aisé à un prince de faire la guerre civile que d’anéantir un bon ouvrage. Phèdre se releva bientôt , malgré la cabale des hommes les plus puissants. Si Don Sanche est presque oublié, s’il n’eut jamais un grand succès, c’est que trois princesses amoureuses d’un inconnu débitent les maximes les plus froides d’amour et de fierté; c’est qu’il ne s’agit que de savoir qui épousera ces princesses; c’est que personne ne se soucie qu’elles soient mariées ou non. Vous verrez toujours l’amour traité, dans les pièces suivantes de Corneille , du style froid et entortillé des mauvais romans de ce temps-là. Vous ne verrez jamais les sentiments du cœur développés avec cette noble simplicité, avec ce naturel tendre, avec cette élégance qui nous enchante dans le quatrième livre de Virgile, daqs certains morceaux d’Ovide, dans plusieurs rôles de Racine; mérite que depuis Racine personne n*a connu parmi nous, dont aucun auteur n’a approché en Italie depuis le Pastor fido ; mérite entièrement ignoré en Angleterre , et même dans le reste de l’Europe.

Corneille est trop grand par les belles scènes du Cid, de Cinna , des Horaces ,de Polyeucte,de Pompée , etc., pour qu’on puisse le rabaisser en disant la vérité. Sa mémoire est respectable ; la vérité l’est encore davantage. Ce commentaire est principalement destiné à l’instruction des jeunes gens. La plupart de ceux qui ont voulu imiter Corneille, et qui ont cru qu’une intrigue froide, soutenue de quelques maximes de méchanoeté qu’on appelé politique , et d insolence qu’on appelle grandeur, pourrait soutenir leurs pièces, les ont vues tomber pour jamais. Corneille suppose toujours, dans tous les examens de ses

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