EXAMEN DE DON SANCHE
ni
public lui avait donnés trop libéralement, et anéantit si bien tous les arrêts que Paris et le reste de la cour avaient prononcés en sa faveur, qu’au bout de quelque temps elle se trouva reléguée dans les provinces , où elle conserve encore son premier lustre.
Le sujet n’a pas grand artifice. C’est un inconnu , assez honnête homme pour se faire aimer de deux reines. L’inégalité des conditions met un obstacle au bien qu’elles lui veulent durant quatre actes et demi ; et quand il. faut de nécessité linir la pièce, un bon homme semble tomber des nues pour faire développer le secret de sa naissance , qui le rend mari de l’une , en le faisant reconnaître pour frère de l’autre :
Hœc eadem a summo expertes minimoque porta.
D. Raimond et ce pêcheur ne suivent point la règle que j’ai voulu établir , de n’introduire aucun acteur qui ne fût insinué dès le premier acte , ou appelé par quelqu’un de ceux qu’on y a connus. Il m’était aisé d’y faire dire à la reine D. Léonor ce qu’elle dit à l’entrée du quatrième : mais si elle eût' fait savoir qu’elle eût eu un tils , et que le roi , son mari, lui eût appris en mourant que D. Raimond avait un secret à lui révéler, on eût trop tôt deviné que Carlos était ce prince. On peut dire de D. Raimond qu’il vient avec les députés d’Aragon dont il est parlé au premier acte , et qu’ainsi il satisfait aucunement à cette règle; mais ce n’est que par hasard qu’il vient avec eux. C’était le pêcheur qu’il était allé chercher , et non pas eux ; et il ne les joint sur le chemin qu’à cause de ce qu’il a appris chez ce pêcheur , qui , de son côté , vient en Castille de son seul mouvement , sans y être amené par aucun incident dont on ait parlé dans la protase; et il n’a point de’raison d’arriver ce jour-là plutôt qu’un autre , sinon que la pièce n’aurait pu linir s’il ne fût arrivé.
L’unité de jour y est si peu violentée, qu’on peut soutenir que l’action ne demande pour sa durée que le temps de sa représentation. Pour celle du lieu, j’ai déjà dit que je n’en parlerais plus sur les pièces qui restaient à examiner. Les sentiments du second acte ont autant ou plus de délicatesse qu’aucuns que j’aie mis sur le théâtre. L’amour des deux reines pour Carlos y parait très-visible, malgré le soin et Padresseque toutes les deux apportent à le cacher dans leurs différents caractères, dont l’un marque plus d’orgueil , et l’autre plus de tendresse. La confidence qu’y fait celle de Castille avec Blanche est assez in-
pièces, depuis Théodore et Pertharite , quelque petit défaut qui a nui à ses ouvrages; et il oublie toujours que ic froid, qui est le plus grand défaut , est ce qui les tue. (V.)