‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 205 sur 417 · ACTE II, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE

Et l’admiration de tant d’hommes parfaits Dont il a vu dans Rome éclater le mérite ,

N’est pas grande vertu si l’on ne les imite) ;

Si j’avais donc vécu dans ce meme repos Qu’il a vécu dans Rome auprès de ses héros.

Elle me laisserait la Bithynie entière ,

Telle que de tous temps l’aîné la tient d’un père ,

Et s’empresserait moins à le faire régner,

Si vos armes sous moi n’avaient su rien gagner :

Mais parce qu’elle voit avec la Bithynie

Par trois sceptres conquis trop de puissance unie ,

11 faut la diviser; et, dans ce beau projet,

Ce prince est trop bien né pour vivre mon sujet î Puisqu’il peut la servir à me faire descendre 1 ,

Il a plus de vertu que n’en eut Alexandre ;

Et je lui dois quitter, pour le mettre en mon rang 2 ,

Le bien de mes aïeux , ou le prix de mon sang.

Grâces aux immortels , l’effort de mon courage Et ma grandeur future ont mis Rome en ombrage :

Vous pouvez l’en guérir, seigneur, et promptement;

Mais n’exigez d’un fils aucun consentement :

Le maître qui prit soin d’instruire ma jeunesse Ne m’a jamais appris à faire une bassesse.

FL4M1NIUS.

A ce que je puis voir, vous avez combattu ,

Prince , par intérêt, plutôt que par vertu.

Les plus rares exploits que vous ayez pu faire N’ont jeté qu’un dépôt sur la tête d’un père;

Il n’est que gardien de leur illustre prix ,

Et ce n’est que pour vous que vous avez conquis ,

Puisque cette grandeur à son trône attachée Sur nul autre que vous ne peut être épanchée.

Certes , je vous croyais un peu plus généreux :

Quand les Romains le sont , ils ne font rien pour eux.

Scipion , dont tantôt vous vantiez le courage ,

* Ce vers est inintelligible : à quoi se rapporte ce la servir ? ?u dernier substantif, à la puissance de ÎJicoraède, que Rome veut diviser. Me faire descendre ; il faut dire d’où Ton descend : Et, monté sur le faîte, il aspire à descendre. (V.)

* On ne dit point quitter à, on dit quitter pour : je dois quitter pour fui, ou je lui dois céder, laisser , abandonner. (V.)

NICOMÊDE,

Ne voulait point régner sur les murs de Cartilage;

Et de tout ce qu’il fit pour l’empire romain 11 n’en eut que la gloire et le nom d’Africain.

Mais on ne voit qu’à Rome une vertu si pure ;

Le reste de la terre est d’une autre nature.

Quant aux raisons d’État qui vous font concevoir Que nous craignons en vous l’union du pouvoir ,

Si vous en consultiez des têtes bien sensées ,

Elles vous déferaient de ces belles pensées :

Par respect pour le roi je ne dis rien de plus ,

Prenez quelque loisir de rêver là-dessus ;

Laissez moins de fumée à vos feux militaires 1 ,

Et vous pourrez avoir des visions plus claires.

HICOMÈDE.

Le temps pourra donner quelque décision Si la pensée est belle , ou si c’est vision.

Cependant...

FLAMIN1US.

Cependant, si vous trouvez des charmes A pousser plus avant la gloire de vos armes ,

Nous ne la bornons point ; mais, comme il est permis Contre qui que ce soit de servir ses amis ,

Si vous ne le savez , je veux bien vous l’apprendre,

Et vous en donne avis pour ne vous pas surprendre.

Au reste, soyez sûr que vous posséderez Tout ce qu’en votre cœur déjà vous dévorez ;

Le Pont sera pour vous avec la Galitie,

Avec la Cappadoce , avec la Bithynie.

Ce bien de vos aïeux , ce prix de votre sang ,

Ne mettront point Attale en votre illustre rang ;

Et , puisque leur partage est pour vous un supplice,

Rome n’a pas dessein de vous faire injustice.

Ce prince régnera sans rien prendre sur vous.

(à Prusias.)

La reine d’Arménie a besoin d’un époux ,

Seigneur , l’occasion ne peut être plus belle ;

Elle vit sous vos lois , et vous disposez d’elle.

NICOMÊDE.

Voilà le vrai secret de faire Attale roi ,

* J.alumée des feux militaires est une figure trop bizarre. Le ver» suivant est du bas comique. (V.)

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