‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 204 sur 417 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

NICOMÈDE

Non , mais il m’a surtout laissé ferme en ce point ,

D’estimer beaucoup Rome , et ne la craindre point On me croit son disciple , et je le tiens à gloire ;

Et quand Flaminius attaque sa mémoire ,

Il doit savoir qu’un jour il me fera raison D’avoir réduit mon maître au secours du poison ,

Et n’oublier jamais qu’autrefois ce grand homme Commença par son père à triompher de Rome.

FLAMINIUS

Ah ! c’est trop m’outrager !

NICOMÈDE

N’outragez plus les morts.

PRUSIAS

Et vous , ne cherchez point à former de discords ;

Parlez et nettement sur ce qu’il me propose.

NICOMÈDE

Eh bien ! s’il est besoin de répondre autre chose,

Attale doit régner, Rome l’a résolu ;

Et , puisqu’elle a partout un pouvoir absolu ,

C’est aux rois d’obéir alors qu’elle commande.

Attale a le cœur grand, l’esprit grand , l’âme grande ,

Et toutes les grandeurs dont se fait un grand roi.

Mais c’est trop que d’en croire un Romain sur sa foi ,

Par quelque grand effet voyons s’il en est digne,

S’il a cette vertu , cette valeur insigne :

Donnez-lui votre armée , et voyons ces grands coups ;

Qu’il en fasse pour lui ce que j’ai fait pour vous 1 ;

Qu’il règne avec éclat sur sa propre conquête,

Et que de sa victoire il couronne sa tête.

Je lui prête mon bras, et veux dès maintenant,

S’il daigne s’en servir, être son lieutenant.

L’exemple des Romains m’autorise à le faire ;

Le fameux Scipion le fut bien de son frère ;

Et lorsque Antiochus fut par eux détrôné ,

Sous les lois du plus jeune on vit marcher l’aîné.

Les bords de l’Hellespont, ceux de la mer Égée,

Le reste de l’Asie à nos côtés rangée,

1 Ne se rapporte-t-il pas beaucoup plus naturellement à donnez»lu\ votre armie, qui n’est qu’à un vers de distance? (V.)

266 iMCOiVIEDE.

Offrent une matière à son ambition...

FLAMINIUS

Rome prend tout ce reste en sa protection ;

Et vous n’y pouvez plus étendre vos conquêtes Sans attirer sur vous d’effroyables tempêtes.

J’ignore sur ce point les volontés du roi :

Mais peut-être qu’un jour je dépendrai de moi ;

Et nous verrons alors l’effet de ces menaces.

Vous pouvez cependant faire munir ces places, Préparer un obstacle à mes nouveaux desseins , Disposer de bonne heure un secours de Romains $ Et si Flaminius en est le capitaine ,

Nous pourrons lui trouver un lac de Trasimène.

prusias. (

Prince , vous abusez trop tôt de ma bonté :

Le rang d’ambassadeur doit être respecté ;

Et l’honneur souverain qu’ici je vous défère...

NICOMÈDE

Ou laissez-moi parler, sire, ou faites-moi taire.

Je ne sais point répondre autrement pour un roi A qui dessus son trône on veut faire la loi.

PRIJSIAS.

Vous m’offensez moi-même en parlant de la sorte ; Et vous devez dompter l’ardeur qui vous emporte.

NICOMÈDE

Quoi î je verrai , seigneur, qu’on borne vos États , Qu’au milieu de ma course on m’arrête le bras , Que de vous menacer on a même l’audace ,

Et je ne rendrai point menace pour menace î Et je remercierai qui me dit hautement Qu’il ne m’est plus permis de vaincre impunément î PRUSIAS, à Flaminius.

Seigneur, vous pardonnez aux chaleurs de son âge; Le temps et la raison pourront le rendre sage.

NICOMÈDE

La raison et le temps m’ouvrent assez les yeux ,

Et l’âge ne fera que me les ouvrir mieux.

Si j’avais jusqu’ici vécu comme ce frère,

Avec une vertu qui fût imaginaire

(Car je l’appelle ainsi quand elle est sans effets;

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