‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 212 sur 417 · NICOMÈDE, LAODICE, FLAMINIUS · texte numérisé non relu

NICOMÈDE, LAODICE, FLAMINIUS

NICOMÈDE

Ou Rome à ses agents donne un pouvoir bien large ,

Ou vous êtes bien long à faire votre charge

FLAMINIUS

Je sais quel est mon ordre ; et , si j’en sors ou non ,

C’est à d’autres qu’à vous que j’en rendrai raison.

NICOMÈDE

Allez-y donc, de grâce, et laissez à ma flamme Le bonheur à son tour d’entretenir madame 2 :

Vous avez dans son cœur fait de si grands progrès Et vos discours pour elle ont de si grands attraits ,

Que sans de grands efforts je n’y pourrai détruire Ce que votre harangue y voulait introduire.

FLAMINIUS

Les malheurs où la plonge une indigne amitié Me faisaient lui donner un conseil par pitié.

NICOMÈDE

Lui donner de la sorte un conseil charitable ,

C’est être ambassadeur et tendre et pitoyable3.

Vous a-t-il conseillé beaucoup de lâchetés4 ,

Madame ?

FLAMINIUS

Ah î c’en est trop ; et vous vous emportez.

^ NICOMÈDE

Je m’emporte?

FLAMINIUS

Sachez qu’il n’est point de contrée

* Ces deux vers ont été corrigés par les comédiens. Ce n’est plus ici une ironie qui peut quelquefois être ennoblie ; c’est une plaisanterie absolument indigne de la tragédie et de la comédie. (V.)

2 Cela est du comique le plus négligé. (V.)

3 Le mot pitoyable signifiait alors compatissant, aussi bien que digne de jntié. (V.)

4 Une grande partie de cette pièce est du style burlesque : mais il y a de temps en temps ün air de grandeur qui impose , et surtout qui intéresse pour Nicomède; ce qui est un très-grand point. Au reste, jusqu’ici la plupart des scènes ne sont que des conversations assez étrangères à l’intrigue. En général , toute scène doit être une espèce d’action qui fait voir à l’esprit quelque chose de nouveau et d’intéressant. (V.;

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