‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 217 sur 417 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

Ou vous n’y mettez rien de ce qu’on vous ordonne

ATTALE

Seigneur, vous me forcez à m’en souvenir mal ,

Quand vous n’achevez pas de rendre tout égal.

Vous vous défaites bien de quelques droits d’aînesse :

Mais vous défaites-vous du cœur de la princesse ,

De toutes les vertus qui vous en font aimer,

Des hautes qualités qui savent tout charmer,

De trois sceptres conquis, du gain de six batailles,

Des glorieux assauts de plus de cent murailles?

Avec de tels seconds rien n’est pour vous douteux.

Kendez donc la princesse égale entre nous deux 2 :

Ne lui laissez plus voir ce long amas 3 de gloire Qu’à pleines mains sur vous a versé la victoire ;

Et faites qu’elle puisse oublier une fois Et vos rares vertus et vos fameux exploits ;

Ou contre son amour, contre votre vaillance ,

Souffrez Rome et le roi dedans l’autre balance :

Le peu qu’ils ont gagné vous fait assez juger Qu’ils n’y mettront jamais qu’un contre-poids léger.

nicomède. »

C’est n’avoir pas perdu tout votre temps à Rome ,

Que vous savoir ainsi défendre en galant homme :

Vous avez de l’esprit, si vous n’avez du cœur 4.

* Ces deux vers , ainsi que le dernier de cette scène , sont une ironie a mère qui peut-être avilit trop le caractère d’Attale, que Corneille cependant veut rendre intéressant. Il paraît étonnant que Nicomède mette de la grandeur d’âme à injurier tout le monde, et qu’Attale, qui est brave et généreux , et qui va bientôt en donner des preuves , ait la complaisance de le souffrir. Plus on examine cette pièce , plus on trouve qu’il fallait l’intituler comédie , ainsi que Don Sanche]d’ 4ragon.

a II fallait , rendez le combat égal. (V.)

3 Boileau a dit après Corneille :

Mais, fussiez-vous issu d’Hercule en droite ligne.

Si vous ne faites voir qu’une bassesse indigne ,

Ce long amas d’aïeux que vous diffamez tous Sont autant de témoins qui parlent contre vous.

Sat. V, V. 57. (V.)

* 11 ne doit pas traiter son frère de poltron , puisque ce frère va faire une action très-belle , et que cet outrage même devrait l’empêcher de la faire. (V.)

NICOMÈDE

Page 1