PRUSIAS, ARSINOÉ, ARASPE
PRUSIAS
Faites venir le prince , Araspe.
(Araspe rentre.)
Et vous , madame ,
' Arsinoé joue précisément le rôle de la femme du Malade imaginaire, et Prusias celui du Malade, qui croit sa femme. Très-souvent des scènes tragiques ont le même fond que des scènes de comédie : c’est alors qu’il faut faire les plus grands efforts pour fortifier par le style la faiblesse du sujet. On ne peut cacher entièrement ie défaut, mais on l’orne, on l’embellit par le charme de la poésie : ainsi dans Mithridate , dans Qritannicus , etc. (V.)
NICOMÈDE
Retenez des soupirs dont vous me percez l'âme.
Quel besoin d'accabler mon cœur de vos douleurs ,
Quand vous y pouvez tout sans le secours des pleurs?
Quel besoin que ces pleurs prennent votre défense ? Douté-je de son crime ou de votre innocence?
Et reconnaissez-vous que tout ce qu'il m'a dit Par quelque impression ébranle mon esprit ?
Ah ! seigneur , est-il rien qui répare l’injure Que fait à l’innocence un moment d’imposture?
Et peut-on voir mensonge assez tôt avorté Pour rendre à la vertu toute sa pureté?
I l en reste toujours quelque indigne mémoire Qui porte une souillure à la plus haute gloire.
Combien en votre cour est-il de médisants ?
Combien le prince a-t-il d'aveugles partisans ,
Qui , sachant une fois qu’on m’a calomniée ,
Croiront que votre amour m'a seul justifiée?
Et si la moindre tache en demeure à mon nom ,
Si le moindre du peuple en conserve un soupçon,
Suis-je digne de vous? et de telles alarmes Touchent-elles trop peu pour mériter mes larmes ?
PRÜSIAS.
Ah! c'est trop de scrupule, et trop mal présumer D’un mari qui vous aime , et qui vous doit aimer.
La gloire est plus solide après la calomnie ,
Et brille d'autant mieux qu’elle s’en vit ternie.
Mais voici Nicomède, et je veux qu’aujourd'hui...