‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 231 sur 417 · FLAMINIUS, ATTALE · texte numérisé non relu

FLAMINIUS, ATTALE

ATTALE

Seigneur , que vous dirai-je après des avantages Qui sont même trop grands pour les plus grands courages Vous n’avez point de borne , et votre affection Passe votre promesse et mon ambition.

Je l’avouerai pourtant, le trône de mon père Ne fait pas le bonheur que plus je considère :

Ce qui touche mon cœur, ce qui charme mes sens ,

C’est Laodice acquise à mes vœux innocents.

La qualité de roi qui me rend digne d’elle...

FLAMINIUS

Ne rendra pas son cœur à vos vœux moins rebelle.

MS

1 Autre ironie, aussi froide que le mot vous adore est déplacé. (V-.)

NIC OM fi DE.

ATTALE

Seigneur, l’occasion fait un cœur différent :

D’ailleurs , c’est l’ordre exprès de son père mourant ;

Et par son propre aveu la reine d’Arménie Est due à l’héritier du roi de Bithynie.

FLAMINIUS

Ce n’est pas loi pour elle ; et, reine comme elle est ,

Cet ordre , à bien parler, n’est que ce qui lui plaît. Aimerait-elle en vous l’éclat d’un diadème Qu’on vous donne aux dépens d’un grand prince qu’elle aime En vous qui la privez d’un si cher protecteur ;

En vous qui de sa chute êtes l’unique auteur?

ATTALE

Ce prince hors d’ici , seigneur, que fera-t-elle ?

Qui contre Rome et nous soutiendra sa querelle?

Car j’ose me promettre encor votre secours,

FLAMINIUS

Les choses quelquefois prennent un autre cours;

Pour ne vous point flatter, je n’en veux pas répondre.

ATTALE

Ce serait bien , seigneur , de tout point me confondre ,

Et je serais moins roi qu’un objet de pitié.

Si le bandeau royal m’ôtait votre amitié.

Mais je m’alarme trop , et Rome est plus égale :

N’en avez-vous pas l’ordre?

FLAMINIUS

Oui , pour le prince Attale,

Pour un homme en son sein nourri dès le berceau :

Mais pour le roi de Pont il faut ordre nouveau.

ATTALE

Il faut ordre nouveau ! Quoi ! se pourrait-il faire Qu’à l’œuvre de ses mains Rome devînt contraire ;

Que ma grandeur naissante y fit quelque jaloux ?

FLAMINIUS

Que présumez- vous , prince ? et que me dites- vous?

ATTALE

Vous-même dites-moi comme il faut que j’explique Cette inégalité de votre république.

FLAMINIUS

Je vais vous l’expliquer, et veux bien vous guérir D’une erreur dangereuse où vous sembiez courir.

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