‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 232 sur 417 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Rome, qui vous servait auprès de Laodice ,

Pour vous donner son trône eût fait une injustice,

Son amitié pour vous lui faisait cette loi :

Mais par d’autres moyens elle vous a fait roi;

Et le soin de sa gloire à présent la dispense De se porter pour vous à cette violence.

Laissez donc cette reine en pleine liberté ,

Et tournez vos désirs de quelque autre côté.

Rome de votre hymen prendra soin elle-même.

ATTALE

Mais s’il arrive enfin que Laodice m’aime?

flaminius.

Ce serait mettre encor Rome dans le hasard Que l’on crût artifice ou force de sa part 1 ;

Cet hymen jetterait une ombre sur sa gloire.

Prince , n’y pensez plus , si vous m’en pouvez croire.

Ou , si de mes conseils vous faites peu d’état,

N’y pensez plus du moins sans l’aveu du sénat.

ATTALE

A. voir quelle froideur à tant d’amour succède,

Rome ne m’aime pas ; elle hait Nicomède 2 :

Et lorsqu’à mes désirs elle a feint d'applaudir,

Elle a voulu le perdre, et non pas m’agrandir.

FL.4MINIUS.

Pour ne vous faire pas de réponse trop rude Sur ce beau coup d’essai de votre ingratitude ,

Suivez votre caprice, offensez vos amis;

Vous êtes souverain, et tout vous est permis :

Mais puisque enfin ce jour vous doit faire connaître Que Rome vous a fait ce que vous allez être ,

Que, perdant son appui , vous ne serez plus rien,

Que le roi vous l’a dit, souvenez-vous*en bien.

1 I.a plupart de tous ces vers sont des barbarismes : celui-ci en un ; il veut dire, ce serait exposer le sénat à passer pour un fourbe ou pour un tyran. (V.)

» Ce vers excellent est fait pour servir de maxime à jamais. (V )

298 N1C0MÈDE

Page 1