ACTE IV, SCÈNE V
Rome, qui vous servait auprès de Laodice ,
Pour vous donner son trône eût fait une injustice,
Son amitié pour vous lui faisait cette loi :
Mais par d’autres moyens elle vous a fait roi;
Et le soin de sa gloire à présent la dispense De se porter pour vous à cette violence.
Laissez donc cette reine en pleine liberté ,
Et tournez vos désirs de quelque autre côté.
Rome de votre hymen prendra soin elle-même.
ATTALE
Mais s’il arrive enfin que Laodice m’aime?
flaminius.
Ce serait mettre encor Rome dans le hasard Que l’on crût artifice ou force de sa part 1 ;
Cet hymen jetterait une ombre sur sa gloire.
Prince , n’y pensez plus , si vous m’en pouvez croire.
Ou , si de mes conseils vous faites peu d’état,
N’y pensez plus du moins sans l’aveu du sénat.
ATTALE
A. voir quelle froideur à tant d’amour succède,
Rome ne m’aime pas ; elle hait Nicomède 2 :
Et lorsqu’à mes désirs elle a feint d'applaudir,
Elle a voulu le perdre, et non pas m’agrandir.
FL.4MINIUS.
Pour ne vous faire pas de réponse trop rude Sur ce beau coup d’essai de votre ingratitude ,
Suivez votre caprice, offensez vos amis;
Vous êtes souverain, et tout vous est permis :
Mais puisque enfin ce jour vous doit faire connaître Que Rome vous a fait ce que vous allez être ,
Que, perdant son appui , vous ne serez plus rien,
Que le roi vous l’a dit, souvenez-vous*en bien.
1 I.a plupart de tous ces vers sont des barbarismes : celui-ci en un ; il veut dire, ce serait exposer le sénat à passer pour un fourbe ou pour un tyran. (V.)
» Ce vers excellent est fait pour servir de maxime à jamais. (V )
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