‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 242 sur 417 · ARSINOÉ, LAODICE, CLÉONE · texte numérisé non relu

ARSINOÉ, LAODICE, CLÉONE

ARSINOÉ

La cause de nos maux doit-elle être impunie ?

LAODICE

Non , madame ; et ^ pour peu qu’elle ait d’ambition ,

Je vous réponds déjà de sa punition.

ARSINOÉ

Vous qui savez son crime, ordonnez de sa peine.

qui ne sait quel parti prendre, et qui trouve toujours que sa femme a raison. (V.)

1 Le projet que forme sur-le-champ le prince Attale de délivrer son frère est noble, grand, et produit dans la scène un très-bel effet; mais ia manière dont il l’annonce aux spectateurs ne tient-elle pas trop de la comédie ? (V.j

NICOMÈDK.

LAODICE

Un peu d’abaissement suffît paur une reine :

C’est déjà trop de voir son dessein avorté.

ARSINOÉ

Dites, pour châtiment de sa témérité,

Qu’il lui faudrait du front tirer le diadème.

LAODICE

Parmi les généreux il n’en va pas de même ;

Ils savent oublier quand ils ont le dessus ,

Et ne veulent que voir leurs ennemis confus.

Ainsi qui peut vous croire, aisément se contente.

LAODICE

Le ciel ne m’a pas fait l’âme plus violente *.

ARSINOÉ

Soulever des sujets contre leur souverain ,

Leur mettre à tous le fer et la flamme en la main ,

Jusque dans le palais pousser leur insolence ,

Vous appelez cela fort peu de violence.

LAODICE

Nous nous entendons mal , madame ; et je le voi ,

Ce que je dis pour vous , vous l’expliquez pour moi a.

Je suis hors de souci pour ce qui me regarde;

Et je viens vous chercher pour vous prendre en ma garde, Pour ne hasarder pas en vous la majesté Au manque de respect d’un grand peuple irrité.

Faites venir le roi , rappelez votre Attale ;

Que je conserve en eux la dignité royale :

Ce peuple en sa fureur peut les connaître mal.

ARSINOÉ

Peut-on voir un orgueil à votre orgueil égal !

1 Voici encore, au cinquième acte, dans le moment où l’action est la plus vive , une scène d’ironie , mais remplie de beaux vers. Laodice, en qualité de chef d.e parti, au lieu de venir braver la reine sous le frivole prétexte de la prendre sous sa protection, devrait veiller plus soigneusement à la suite de la révolte , et à la sûreté du prince qu’elle appelle son époux : elle vient inutilement; elle n’a rien a dire à Arsinoé. Ces deux femmes se bravent sans savoir en quel état sont leurs affaires; mais les scènes de bravade réussissent presque toujours au théâtre. (V.)

* Ces méprises entre deux reines . ces équivoques semblent bien peu dignes de la tragédie. (V.)

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