‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 261 sur 417 · ACTE I, SCÈNE IIE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IIE

« Quoi que veuille Pompée, il le voudra trop tard. »

Mais, comme en cet hymen l’amour n’a point de part.

Qu’il n’est qu’un pur effet de tioble politique ,

Souffrez que je vous die , afin que je m’explique,

Que, quand j’aurais pour dot un million de bras,

Je vous donne encor plus en ne l’achevant pas.

Si je réduis Pompée à chasser Æmilie ,

Peut-il, Sylla régnant, regarder l’Italie?

Ira-t-il se livrer à son juste courroux ?

Non , non ; si je le gagne , il faut qu’il vienne à vous.

Ainsi par mon hymen vous avez assurance Que mille vrais Romains prendront votre défense :

Mais , si j’en romps l’accord pour lui rendre mes vœux ,

Vous aurez ces Romains et Pompée avec eux ;

Vous aurez ses amis par ce nouveau divorce ;

Vous aurez du tyran la principale force ,

Son armée, ou du moins ses plus braves soldats,

Qui de leur général voudront suivre les pas ;

Vous marcherez vers Rome à communes enseignes.

Il sera temps alors , Sylla , que tu me craignes.

Tremble, et crois voir bientôt trébucher ta fierté ,

Si je puis t’enlever ce que tu m’as ôté.

Pour faire de Pompée un gendre de ta femme ,

Tu l’as fait un parjure, un méchant, un infâme :

Mais, s’il me laisse encor quelques droits sur son cœur,

Il reprendra sa foi , sa vertu , son honneur ;

Pour rentrer dans mes fers il brisera tes chaînes ;

Et nous t’accablerons sous nos communes haines.

J’abuse trop, seigneur, d’un précieux loisir :

Voilà vos intérêts ; c’est à vous de choisir.

Si votre amour trop prompt veut borner sa conquête ,

Je vous le dis encor, ma main est toute prête *.

Je vous laisse y penser : surtout souvenez-vous Que ma gloire en ces lieux me demande un époux ;

Qu’elle ne peut souffrir que ma fuite m’y range,

ment l’âme n’est pas du genre de la tragédie : le plus grand défaut est d’être froid. (V.)

1 L’amour de Sertorius n’est ni prompt ni lent ; car en effet il n’en ;a point du tout , quoiqu’il ait dit qu’il est amoureux, pour être au ton du théâtre. Il faut avouer que les anciens Romains auraient été bien étonués d’entendre reprocher à Sertorius un amour trop prompt. (V.)

En captive de guerre, au péril d’un échange,;

Qu’elle veut un grand homme à recevoir ma foi ;

Qu’après vous et Pompée il n’en est point pour moi ;

Et que...

Vous le verrez , et saurez sa pensée.

ARISTIE

Adieu, seigneur : j’y suis la plus intéressée,

Et j’y vais préparer mon reste de pouvoir *.

Moi, je vais donner ordre à le bien recevoir 2.

Dieux , souffrez qu’à mon tour avec vous je m’explique 3, Que c’est un sort cruel d’aimer par politique !

Et que ses intérêts sont d’étranges malheurs,

S’ils font donner la main quand le cœur est ailleurs !

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