ACTE I, SCÈNE IIE
« Quoi que veuille Pompée, il le voudra trop tard. »
Mais, comme en cet hymen l’amour n’a point de part.
Qu’il n’est qu’un pur effet de tioble politique ,
Souffrez que je vous die , afin que je m’explique,
Que, quand j’aurais pour dot un million de bras,
Je vous donne encor plus en ne l’achevant pas.
Si je réduis Pompée à chasser Æmilie ,
Peut-il, Sylla régnant, regarder l’Italie?
Ira-t-il se livrer à son juste courroux ?
Non , non ; si je le gagne , il faut qu’il vienne à vous.
Ainsi par mon hymen vous avez assurance Que mille vrais Romains prendront votre défense :
Mais , si j’en romps l’accord pour lui rendre mes vœux ,
Vous aurez ces Romains et Pompée avec eux ;
Vous aurez ses amis par ce nouveau divorce ;
Vous aurez du tyran la principale force ,
Son armée, ou du moins ses plus braves soldats,
Qui de leur général voudront suivre les pas ;
Vous marcherez vers Rome à communes enseignes.
Il sera temps alors , Sylla , que tu me craignes.
Tremble, et crois voir bientôt trébucher ta fierté ,
Si je puis t’enlever ce que tu m’as ôté.
Pour faire de Pompée un gendre de ta femme ,
Tu l’as fait un parjure, un méchant, un infâme :
Mais, s’il me laisse encor quelques droits sur son cœur,
Il reprendra sa foi , sa vertu , son honneur ;
Pour rentrer dans mes fers il brisera tes chaînes ;
Et nous t’accablerons sous nos communes haines.
J’abuse trop, seigneur, d’un précieux loisir :
Voilà vos intérêts ; c’est à vous de choisir.
Si votre amour trop prompt veut borner sa conquête ,
Je vous le dis encor, ma main est toute prête *.
Je vous laisse y penser : surtout souvenez-vous Que ma gloire en ces lieux me demande un époux ;
Qu’elle ne peut souffrir que ma fuite m’y range,
ment l’âme n’est pas du genre de la tragédie : le plus grand défaut est d’être froid. (V.)
1 L’amour de Sertorius n’est ni prompt ni lent ; car en effet il n’en ;a point du tout , quoiqu’il ait dit qu’il est amoureux, pour être au ton du théâtre. Il faut avouer que les anciens Romains auraient été bien étonués d’entendre reprocher à Sertorius un amour trop prompt. (V.)
En captive de guerre, au péril d’un échange,;
Qu’elle veut un grand homme à recevoir ma foi ;
Qu’après vous et Pompée il n’en est point pour moi ;
Et que...
Vous le verrez , et saurez sa pensée.
ARISTIE
Adieu, seigneur : j’y suis la plus intéressée,
Et j’y vais préparer mon reste de pouvoir *.
Moi, je vais donner ordre à le bien recevoir 2.
Dieux , souffrez qu’à mon tour avec vous je m’explique 3, Que c’est un sort cruel d’aimer par politique !
Et que ses intérêts sont d’étranges malheurs,
S’ils font donner la main quand le cœur est ailleurs !