‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 286 sur 417 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Et que Pompée échappe à cet illustre objet.

Serait-il vrai , seigneur?

Il est trop vrai , madame ;

Mais, bien qu’il l’abandonne, il l’adore dans l’àme,

Et rompra , m’a-t-dit , la trêve dès demain .

S’il voit qu’elle s’apprête à me donner la main.

Vous vous alarmez peu d’une telle menace?

Ce n’est pas en effet ce qui plus m’embarrasse.

Mais vous, pour Perpenna qu’avez- vous résolu?

D’obéir sans remise au pouvoir absolu 1 ;

que les sentiments. Mais quand on voit ensuite Sertorius qui dit qu’il aime malgré ses cheveux gris , et qu’il a cru qu’il ne lui en coûterait que deux ou trois soupirs , Sertorius paraît trop petit. Viriate d’ailleurs* lui dit à peu près les mêmes choses qu’Aristie a dites à Pompée, L’une dit : Me voulez-vous? ne me voulez-vous pas ? l’autre dit : M’aimezvous? U une \ eut que Pompée lui rende sa main; l’autre, que Sertorius lui donne sa main. Pompée a parlé politique à sa femme; Sertorius parle politique à sa maîtresse. Viriate lui dit : Vous savez que l’amour n’est pas ce qui me presse . L’un et l’autre s’épuisent en raisonne* ments. Enfin Viriate finit cette scène en disant :

Je suis reine ; et qui sait porter une couronne.

Quand il a prononcé , n’aime point qu’on raisonne.

C’est parler à Sertorius , dont elle dépend, comme si elle parlait a son domestique: et ce n’aime point qu’on raisonne est d’un comique qui n’est pas supportable. La fierté est ridicule quand elle n’est pas à sa place. (V.)

1 Obéir sans remise , une offre en l'air , assurer des nœuds, une frénésie poussée au dernier éclat. Quels vers ! quelles expressions ! Et de petits écoliers oseront me reprocher d’être trop sévère ! (V.) — Ces écoliers dont Voltaire parle avec indignation, et qu’il eût affligés davantage en n’eh parlant pas , étaient les écrivains à la semaine, qui, lorsque cet ouvrage parut , s’érigèrent tous en vengeurs de Corneille, moins par zèle pour sa mémoire , que pour outrager Voltaire. Aucun d’eux n’eût été capable de faire une seule des excellentes remarques dispersées dans ce commentaire; mais ils relevèrent avec arrogance celles où Voltaire a pu se tromper , tandis qu’ils se récriaient d’admiration même sur les défauts les plus évidents de Corneilie. Si i’on en croyait ces critiques, Théodore, Pertharite, Attila même, étaient des ouvrages où le génie de ce grand homme se montrait encore tout entier, et très-supérieurs aux meilleures tragédies de Voltaire, qui ne les avait décriés que par jalousie. Tel était le zèle de ces messieurs pour la gloire d’un mort qu’ils auraient outragé pendant sa vie. Mais d’ort

Et si d’une offre en l'air votre âme encor frappée Veut bien s’embarrasser du rebut de Pompée ,

11 ne tiendra qu’à vous que dès demain tous deux De Tu n et l’autre hymen nous n’assurions les nœuds;

Dût se rompre la trêve, et dût la jalousie Jusqu’au dernier éclat pousser sa frénésie.

Vous pourrez dès demain...

Dès ce même moment*

Ce n’est pas obéir qu’obéir lentement ;

Et quand l’obéissance a de l’exactitude ,

Elle voit que sa gloire est dans la promptitude.

Mes prières pouvaient souffrir quelques refus.

Je les prendrai toujours pour ordres absolus.

Qui peut ce qui lui plaît commande alors qu’il prie.

D’ailleurs Perpenna m’aime avec idolâtrie :

Tant d’amour , tant de rois d’où son sang est venu ,

Le pouvoir souverain dont il est soutenu,

Valent bien tous ensemble un trône imaginaire Qui ne peut subsister que par l’heur de vous plaire.

Je n’ai donc qu’à mourir en faveur de ce choix 1 :

J’en ai reçu la loi de votre propre voix ;

C’est un ordre absolu qu’il est temps que j’entende.

Pour aimer un Romain , vous voulez qu’il commande;

Et comme Perpenna ne le peut sans ma mort ,

Pour remplir votre trône il lui faut tout mon sort.

Lui donner votre main , c’est qn’ordonner , madame ,

De lui céder ma place au camp et dans votre âme.

Il est, il est trop juste, après un tel bonheur,

Qu’il l’ait dans notre armée, ainsi qu’en votre cœur.

J’obéis sans murmure , et veux bien que ma vie...

venait leur emportement contre Voltaire? Du sentiment de leur médiocrité , qui les avertissait de son mépris. (P.)

*11 n’y a guère dans toutes ces scènes d’expression qui soit juste; mais le pis est que les sentiments sont encore moins naturels. Un vieux factieux tel que Sertorius doit-il dire à une femme qu’if mourra en fa~ veur du choix qu’elle fera d’un autre? (V.)

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