ACTE IV , SCÈNE III
Je vous en ai tantôt parlé confidemment ;
Je vous en fais encor la même confidence.
Faites à votre amour un peu de violence ;
J’ai triomphé du mien ; j’y suis encor tout prêt :
Mais, s’il faut du parti ménager l’intérêt,
Faut-il pousser à bout une reine obstinée ,
Qui veut faire à son choix toute sa destinee ,
Et de qui le secours , depuis plus de dix ans ,
Nous a mieux soutenus que tous nos partisans?
* PERPENNA
La trouvez-vous , seigneur , en état de vous nuire ?
Non , elle ne peut pas tout à fait nous détruire ;
Mais , si vous m’enchaînez à ce que j’ai promis ,
Dès demain elle traite avec nos ennemis.
Leur camp n'est que trop proche ; ici chacun murmure Jugez ce qu’il faut craindre en cette conjoncture.
Voyez quel prompt remède on y peut apporter,
Et quel fruit nous aurons de la violenter.
PERPENNA
C’est à moi de me vaincre, et la raison l’ordonne :
Mais d’un si grand dessein tout mon cœur qui frissonne.
Ne vous contraignez point : dût m’en coûter le jour,
Je tiendrai ma promesse en dépit de l’amour.
PERPENNA
Si vos promesses n'ont l’aveu de Viriate...
Je ne puis de sa part rien dire qui vous flatte.
PERPENNA
Je dois donc me contraindre, et j'y suis résolu.
Oui, sur tous mes désirs je me rends absolu;
J'en veux, à votre exemple, être aujourd’hui le maître Et , malgré cet amour que j’ai laissé trop croître ,
Vous direz à la reine...
Eh bien ! je lui dirai ?
PERPENNA
Rien , seigneur , rien encor ; demain j’y penserai. Toutefois la colère où s’emporte son âme Pourrait dès cette nuit commencer quelque trame.
Vous lui direz , seigneur, tout ce que vous voudrez ;
Et je suivrai l’avis que pour moi vous prendrez.
Je voue, admire et plains.
PERPENNA
Que j’ai l’âme accablée !
Je partage les maux dont je la vois comblée.
Adieu : j’entre un moment pour calmer son chagrin ,
Et me rendrai chez vous à l’heure du festin.