‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 291 sur 417 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Tout le mien s’attachait aux périls de la paix ;

Et je vous demandais quel bruit fait par la ville De Pompée et de moi l’entretien inutile.

Vous le saurez, Aufide?

AUFIDE

A ne rien déguiser,

Seigneur, ceux de sa suite en ont su mal user;

J’en crains parmi le peuple un insolent murmure : lis ont dit que Sylla quitte sa dictature ,

Que vous seul refusez les douceurs de la paix , '

Et voulez une guerre à ne finir jamais.

Déjà de nos soldats l’âme préoccupée Montre un peu trop de joie à parler de Pompée;

Et si l’erreur s’épand jusqu’en nos garnisons ,

Elle y pourra semer de dangereux poisons.

sertorius.

Nous en romprons le coup avant qu’elle grossisse ,

Et ferons par nos soins avorter l’artifice.

D’autres plus grands périls le ciel m’a garanti.

PERPENNA

Ne ferions-nous point mieux d’accepter le parti , Seigneur? Trouvez-vous l’offre ou honteuse ou mal sûre?

Sylla peut en effet quitter sa dictature ;

Mais il peut faire aussi des consuls à son choix ,

De qui la pourpre esclave agira sous ses lois ;

Et quand nous n’en craindrons aucuns ordres sinistres, Nous périrons par ceux de ses lâches ministres. Croyez-moi , pour des gens comme vous deux et moi , Rien n’est si dangereux que trop de bonne foi.

Sylla par politique a pris cette mesure De montrer aux soldats l’impunité fort sûre;

Mais pour Cinna , Carbon , le jeune Marius , *

il a voulu leur tête, et les a tous perdus.

Pour moi, que tout mon camp sur ce bruit m’abandonne Qu’il ne reste pour moi que ma seule personne ,

Je me perdrai plutôt dans quelque affreux climat, Qu’aller, tant qu’il vivra, briguer le consulat.

Vous...

PERPENNA

Ce n’est pas , seigneur, ce qui me tient en peine.

Exclu du consulat par l’hymen d’une reine ,

Du moins si vos bontés m’obtiennent ce bonheur,

Je n’attends plus de Rome aucun degré d’honneur;

Et , banni pour jamais dans la Lusitanie,

J’y crois en sûreté les restes de ma vie.

Oui ; mais je ne vois pas encor de sûreté A ce que vous et moi nous avions concerté.

Vous savez que la reine est d’une humeur si fière...

Mais peut-être le temps la rendra moins altière.

Adieu : dispensez*moi de parler là-dessus.

PERPENNA

Parlez, seigneur : mes vœux sont-ils si mal reçus?

Est-ce en vain que je l’aime, en vain que je soupire?

Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.

PERPENNA

Elle m’a dit beaucoup : mais, seigneur, achevez,

Et ne me cachez point ce que vous en savez.

Ne m’auriez- vous rempli que d’un espoir frivole?

Non , je vous l’ai cédée , et vous tiendrai parole.

Je l’aime, et vous la donne encor malgré mon feu ;

Mais je crains que ce don n’ait jamais son aveu ;

Qu’il n’attire sur nous d’impitoyables haines.

Que vous dirai-je enfin ? L’Espagne a d’autres reines ;

Et vous pourriez vous faire un destin bien plus doux ,

Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous.

Celle des Vacéens , celle des Ilergètes 1 ,

Rendraient vos volontés bien plus tôt satisfaites ;

La reine avec chaleur saurait vous y servir.

PERPENNA

Vous jpe l’avez promise, et me l’allez ravir .

Que sert que je promette et que je vous la donne ,

Quand son ambition l’attache à ma pçrsonne?

Vous savez les raisons de cet attachement ,

» On ne s’attendait ni ù la reine des Vacéens , ni à celle -des Ilergète». Rien n’est plus froid que de pareilles propositions; et, dans une tragédie, le froid est encore plus insupportable que le comique déplacé, et que les fautes de langage. (VJ

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