‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 305 sur 417 · ACTE V, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Vil

Je lY ionce à la guerre ainsi qu’à l’hyménée 1 ;

Mais j aime encor l’honneur du trône où je suis née.

D’une juste amitié je sais garder les lois,

Et 11e sais point régner comme régnent nos rois.

S’il faut que sous votre ordre ainsi qu’eux je domine ,

Je m’ensevelirai sous ma propre ruine ;

Mais , si je puis régner sans honte et sans époux ,

Je ne veux d’héritiers que votre Rome , ou vous ;

Vous choisirez , seigneur ; ou , si votre alliance Ne peut voir mes États sous ma seule puissance ,

Vous n’avez qu’à garder cette place en vos mains,

Et je m’y tiens déjà captive des Romains.

POMPÉE

Madame , vous avez Taine trop généreuse Pour n’en pas obtenir une paix glorieuse ;

Et l’on verra chez eux mqn pouvoir abattu ,

Ou j’y ferai toujours honorer la vertu 2.

» Cette tirade de Viriate est très à sa place, pleine de raison et de noblesse. (V.)

2 Les belles scènes du Cid, les admirables morceaux des Horaces , les beautés noèles et sages de Çinna, le sublime de Cornélie, les rôles de Sévère et de Pauline, le cinquième acte de Rodogune , la conférence de Sertorius et de Pompée; tant de beaux morceaux, tous produits dans un temps où l’on sortait à peine de la barbarie, assureront à Corneille une place parmi les plus grands hommes jusqu’à la dernière postérité. Ainsi l’excellent Racine a triomphé des injustes dégoûts de madame de Sévigné , des farces de Subligni , des méprisables critiques de Visé, des cabales des Boyer et des Pradon; ainsi Molière se soutiendra toujours, et sera le père de la vraie comédie , quoique ses pièces ne soient pas suivies comme autrefois par la foule ; ainsi les charmants opéras de Quinault feront toujours les délices de quiconque est sensible à la douce harmonie de la poésie , au naturel et à la vérité de l’expréssion , aux grâces faciles du style, quoique ces mêmes opéras aient toujours été en butte aux satires de Boileau , son ennemi* personnel , et quoiqu’on les représente moins souvent qu’autrefois. 11 est des chefs-d’œuvre de Corneille qu’on joue rarement ; il y en a , je crois , deux raisons : la première , c’est que notre nation n’est plus ce qu’elle était du temps des Horaces et de Cinna •• les premiers de l’Ëtat alors, soit dans l’épée, soit dans la robe, suit dans l’église, se faisaient un honneur, ainsi que le sénat de Rome, d’assister à un spectacle où l’on trouvait une instruction et un plaisir si noble. Quels furent les premiers auditeurs de Corneille? uuCondé.un Turenne, un cardinal de Retz , un duc de la Rochefoucauld , un Molé , un Lamoignon , des evèques gens de lettres, pour lesquels il y avait toujours un banc particulier à la cour, aussi bien que pour messieurs de l’Académie : le prédicateur venait y apprendre l’éloquence et l’art de prononcer ; ce CORNEILLE. — T. II. 34

39» SKUTORIUS.

Page 1