‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 304 sur 417 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

POMPÉE, VIRtATE , ARISTIE, THAMIRE, ARCAS.

POMPÉE

Ne vous offensez pas d’ouïr parler en maître,

Grande reine; ce n’est que pour punir un traître.

Criminel envers vous d’avoir trop écouté L’insolence où montait sa noire lâcheté ,

J’ai cru devoir sur lui prendre ce haut empire,

Pour me justifier avant que vous rien dire ;

Mais je n’abuse point d’un si facile accès ,

Et je n’ai jamais su dérober mes succès.

Quelque appui que son crime aujourd’hui vous enlève,

Je vous offre la paix , et ne romps point la trêve ;

Et ceux de nos Romains qui sont auprès de vous Peuvent y demeurer sans craindre mon courroux.

Si de quelque péril je vous ai garantie ,

Je ne veux pour tout prix enlever qu’Aristie,

A qui devant vos yeux , enfin maître de moi ,

Je rapporte avec joie et ma main et ma foi.

Je ne dis rien du cœur, il tint toujours pour elle.

ARISTIE

Le mien savait vous rendre une ardeur mutuelle ;

Et, pour mieux recevoir ce don renouvelé,

11 oubliera, seigneur, qu’on me Pavait volé.

Moi , j’accepte la paix que vous m’avez offerte ;

C’est, tout ce que je puis , seigneur, après ma perte;

Elle est irréparable : et comme je ne voi Ni chefs dignes de vous , ni rois dignes de moi ,

ne connaît pas les défauts est incapahle de connaître les beautés; et je répète ce que j’ai dit dans l’examen de presque toutes ces pièces: que la vérité est préférable à Corneille , et qu’il ne faut pas tromper les vivants par respect pour les morts. Je ne suis pas môme retenu par la crainte de me voir soupçonné de sentir un plaisir secret à rabaisser un grand homme , dans la vaine idée de m’égaler à lui en l'avilissant : je me crois trop au-dessous de lui. Je dirai seulement ici que je parlerais avec plus de hardiesse et de force, si je ne m’étais pas exercé quelquefois dans l’art de Corneille. J’ai dit ma pensée «avec l’honnête liberté dont j’ai fait profession toute ma vie; et je sens si vivement ce que le père du théâtre a de sublime , qu’il m’est permis plus qu’à personne de montrer en quoi il n’est pas imitable. (V.)

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