ACTE I, SCÈNE II
J’aurais... Mais c’en est fait. Quoi que la reine pense, Je tairai les raisons de cette violence.
De mon amour pour vous le mystère éclairci.
Pour combler mes malheurs , vous bannirait d’ici.
LA DUCHESSE
Mais vous ne songez pas que la reine soupçonne Qu’un complot si hardi regardait sa couronne.
Des témoins contre vous en secret écoutés Font pour vrais attentats passer des faussetés.
Raleigh prend leur rapport : et le lâche Cécile...
• LE COMTE D’ESSEX
L’un et l’autre eut to j: : ; l 'me basse et servile. Mais leur malice en vain conspire mon trépas ;
La reine me connaît , et ne les croira pas.
LA DUCHESSE
Ne vous y fiez point; de vos froideurs pour elle Le chagrin lui tient lieu d’une injure mortelle :
C’est par son ordre exprès qu’on s’informe , s’instrui
LE COMTE D’ESSEX
L’orage , quel qu’il soit , ne fera que du bruit :
La menace en est vaine , et trouble peu mon âme.
LA DUCHESSE
Et si l’on vous arrête?
LE COMTE D’ESSEX
On n’oserait, madame1 :
Si l’on avait tenté ce dangereux éclat,
Le coup qui le peut suivre entraînerait l’État.
LA DUCHESSE
Quoique votre personne à la reine soit chère,
Gardez, en la bravant, d’augmenter sa colère.
Elle veut vous parler ; et si vous l’irritez ,
Je ne vous réponds pas de toutes ses bontés.
C’est pour vous avertir de ce qu’il vous faut craindre, Qu’à ce triste entretien j ’ai voulu me contraindre.
Du trouble de mes sens mon devoir alarmé
1 C’est la réponse que fit le dnc de Guise le Balafré à un billet dam lequel on l’avertissait que Henri ÏIÏ devait le faire saisir; il mit au bas du billet : On n'oserait. Cette réponse pouvait convenir ail duc de Guise , qui était alors aussi puissant que son souveraiD ; et non au comte d’Essex , déchu alors de tous ses emplois. Mais les spectateurs n’y regardent pas de si près. (V. )
414 LE COMTE D’ESSEX
Mc défend de revoir ce que j’ai trop aime ;
Mais, m’étant fait déjà l’effort le plus funeste,
Pour conserver vos jours je dois faire le reste ,
Et ne permettre pas...
LE COMTE D’ESSEX
Ali! pour les conserver,
Il était un moyen plus facile à trouver :
C’était en m’épargnant l’effroyable supplice Où vous prévoyiez... Ciel ! quelle est votre injustice! Vous redoutez ma perte , et ne la craigniez pas Quand vous avez signé l’arrêt de mon trépas.
Cet amour où mon cœur tout entier s’abandonne...