‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 33 sur 417 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ANTIOCHÜS, SÉLEUCUS , RODOGUNE.

ANTtOCIHJS.

Ne vous offensez pas , princesse , de nous voir De vos yeux à vous-même expliquer le pouvoir 3.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que nos cœurs en soupirent '1 ;

A vos premiers regards tous deux ils se rendirent;

Mais un profond respect nous fit taire et brûler;

Et ce même respect nous force de parler.

L’heureux moment approche où votre destinée

« Consentir à , et non consentir le : ce verbe gouverne toujours le datif, exprimé chez nous parla préposition à. Il est vrai qu’au barreau on viole cette règle ; mais le style du barreau est celui des barbarismes. (V.)

2 Que veut dire cela? veut-elle parler de l’ordre qu’elle va donner à ses deux amants de tuer leur mère? est-ce là le cas d’un soupir? ne faut-il pas avouer que presque tous les sentiments de ce monologue ne sont ni assez vrais ni assez touchants? (V.)

3 Et de quoi veut-il qu’elle s’offense? de ce que deux frères, dont l’un doit l’épouser et la faire reine, joignent à l’oflre du trône un sentiment dont elle doit être charmée et honorée ? Ce faux goût était introduit par nos romans de chevalerie, dans lesquels un héros était sûr de l’indignation de sa dame, quand il lui avait fait sa déclaration ; et ce n’était qu’après beaucoup de temps et de façons qu’on lui pardonnait. (V.)

4 Cet en ne parait se rapporter à rien , car.Ies coeurs ne soupirent pas l’expliquer un pouvoir. (V.)

RODOGtHNK.

Semble être aucunement à la nôtre enchaînée * ,

Puisque d'un droit d’aînesse incertain parmi nous *

La nôtre attend un sceptre, et la vôtre un époux.

C’est trop d’indignité, que notre souveraine De l’un de ses captifs tienne le nom de reine 1 2 3 ;

Notre amour s’en offense , et , changeant cette loi ,

Remet à notre reine à nous choisir un roi.

Ne vous abaissez plus à suivre la couronne 4 ;

Donnez-la , sans souffrir qu’avec elle on vous donne;

Réglez notre destin, qu’ont mal réglé les dieux;

Notre seul droit d’aînesse est de plaire à vos yeux :

L’ardeur qu’allume en nous une flamme si pure Préfère votre choix au choix de la nature ,

Et vient sacrifier à votre élection 5 Toute notre espérance et notre ambition.

Prononcez donc, madame, et faites un monarque :

Nous céderons sans honte à cette illustre marque ;

Et celui qui perdra votre divin objet Demeurera du moins votre premier sujet;

Son amour immortel saura toujours lui dire Que ce rang près de vous vaut ailleurs un empire;

Il y mettra sa gloire , et, dans un tel malheur.

L’heur de vous obéir flattera sa douleur.

RODOGÜNE.

Princes, je dois beaucoup à cette déférence De votre ambition et de votre espérance ;

Et j’en recevrais l’offre avec quelque plaisir,

Si celles de mon rang avaient droit de choisir.

Comme sans leur avis les rois disposent d’elles Pour affermir leur trône ou finir leurs querelles ,

Le destin des États est arbitre du leur,

Et l’ordre des traités règle tout dans leur cœur.

1 Aucunement est un terme de loi qui ne doit jamais entrer dans un vers. (V.)

2 Incertain parmi nous, il veut dir q incertain entre nous deux; mais parmi ne peut jamais être employé pour entre. (V.)

3 C’efct jouer sur les mots de reine et de captif , et c’est un Ion de galanterie qui est bien loin du tragique. (V.)

4 On ne suit point une couronne , on suit l’ordre , la loi qui dispose de la couronne. Cette faute est répétée plus bas. (V.)

5 Élection ne peut être employé pour choix ; élection d’nn empereur, d’un pape , suppose plusieurs suffrages. (V.)

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