‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 345 sur 417 · ACTE 1Y, SCÈNE ÎV · texte numérisé non relu

ACTE 1Y, SCÈNE ÎV

Sauvez-vous , sauvez-moi du coup qui me menace.

Si vous êtes soumis , la reine vous fait grâce ;

Sa bonté , qu’elle est prête à vous faire éprouver,

Ne veut...

LE COMTE D’ESSEX

Ah ! qui vous perd n’a rien à conserver.

Si vous aviez flatté l’espoir qui m’abandonne ,

Si, ri’étant point à moi, vous n’étiez à personne,

Et qu’au moins votre amour moins cruel à mes feux M’eût épargné l’horreur de voir un autre heureux ,

Pour vous garder ce cœur où vous seule avez place, Cent fois, quoique innocent, j’aurais demandé grâce. Mais vivre, et voir sans cesse un rivai odieux...

Ah ! madame , à ce nom je deviens furieux :

De quelque emportement si ma rage est suivie ,

Il peut être permis à qui sort de la vie.

LA DüCîIESSE.

Vous sortez de la vie î Ah ! si ce n’est pour vous ,

Vivez pour vos amis, pour la reine, pour tous;

Vivez pour m’affranchir d’un péril qui m’étonne;

Si c’est peu de prier, je le veux , je l’ordonne.

LE COMTE D’ESSEX

Cessez en l’ordonnant, cessez de vous trahir ;

Vous m’estimeriez moins , si j’osais obéir :

Je n’ai pas mérité le revers qui m’accable ;

Mais je meurs innocent, et je vivrais coupable. Toujours plein d’un amour dont sans cesse en tous lieux Le triste accablement paraîtrait à vos yeux.

Je tâcherais d’ôter votre cœur, vos tendresses ,

A l’heureux... Mais pourquoi ces indignes faiblesses? Voyons, voyons, madatine, accomplir sans effroi Les ordres que le ciel a donnés contre moi :

S’il souffre qu’on m’immole aux fureurs de l’envie,

Du moins il ne peut voir de tache dahs ma vie :

Tout le temps qu’à mes jours il avait destiné ,

C’est vous et mon pays à qui je l’ai donné.

Votre hymen , des malheurs pour moi le plus insigne M’a fait voir que de vous je n’ai pas été digne ,

Que j’eus tort quand j’osai prétendre à votre foi :

Et mon ingrat pays est indigne de moi.

J’ai prodigué pour lui cette vie, il me l’ôte ;

LE COMTE D’ESSEX

Un jour peut-être, un jour il connaîtra sa faute; il verra, par les maux qu’on lui fera souffrir...

(Croinmer paraît avec de la suite.)

Mais, madame, il est temps que je songe à mourir,

On s’avance , et je vois sur ces tristes visages De ce qu’on veut de moi de pressants témoignages. Partons, me voilà prêt. Adieu, madame : il faut,

Pour contenter la reine , aller sur l’échafaud.

Sur l’échafaud ! Ah , ciel ! quoi ! pour toucher votre âme La pitié... Soutiens-moi...

LE COMTE D’ESSEX

Vous me plaignez , madame !

Veuille le juste ciel, pour prix de vos bontés,

Vous combler et de gloire et de prospérités ,

Et répandre sur vous tout l’éclat qu a ma vie.

Par un arrêt honteux , ôte aujourd’hui l’envie!

Avancez, je vous suis. Prenez soin de ses jours ;

L’état où je la laisse a besoin de secours.

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