‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 370 sur 417 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Que ça fût tout comm’ ça ; car vous ne m* dites rien Qui ne m* fasse assé zaise, et j’aurais bian envie l)e n’ vous mécroire point : mais j’ai toute ma vie Entendu dire à ceux qui savon bian c’ que c’est ,

Qu’i n’est point de monsieu qui ne soit toujou prêt A tromper queuque fille, à moins qu’ai’ n’y regarde.

D. JUAN

Suis-je de ce# gens-là? Non , Charlotte.

SGANARELLE

Il n’a garde.

D. JUAN

Le temps vous fer# voir comme j’en veux user.

CHARLOTTE

Aussi je n’ voudrais pas me laisser abuser,

Voyez-vou : si j’ sis pauvre, et native au village ,

J’ai d’ l’honneur tout autant qu’on en ait à mon âge :

Et pour tout l’or du monde on n’ me pourrait tenter ,

Si j’ pensais qu’en m’aimant l’en me T voulût ôter.

D. JUAN

Je voudrais vous l’ôter, moi? ce soupçon m’offense. Croyez que pour cela j’ai trop de conscience; et que , si vos appas m’ont su d’abord charmer ,

Ce n’est qu’en tout honneur que je vous veux aimer. Pour vous le faire voir , apprenez que dans l’âme J’ai formé le dessein de vous faire ma femme :

J’en donne ma parole; et pour vous , au besoin, L’homme que vous voyez en sera le témoin.

CHARLOTTE

Vous m’ vouriez épouser, moi?

D. JUAN

Cela vous étonne?

Demandez au témoin que mon amour vous donne:'

Il me connaît.

SGANARELLE

Très-fort. Ne craignez rien : allez ,

Il vous épousera cent fois, si vous voulez;

J’cn réponds.

D. JUAN

Eh bien donc , pour le prix de ma flamme, Ne consentez- vous pas à devenir ma femme?

LE FESTIN DE PIERRE

CHARLOTTE

I faudrait à ma t^nte en dire un petit mot ,

Pour qu’ai’ en fût contente : al’ aimebian Piarrot.

Je dirai ce qu’il faut, et m’en rendrai le maître.

Touchez là seulement , pour me faire connaître Que de votre côté vous voulez bien de moi.

CHARLOTTE

J’ n’en veux que trop : mais vous?

D. JUAN

Je vous donne ma foi ;

Et deux petits baisers vont vous servir de gage.,.;

CHARLOTTE

Oh! monsieur, attendez qu’ j’ons fait le mariage;

Après çà, voyez- vous, je vous baiserai tant Que vous n’erez qu’à dire.

D. JUAN

Ah ! me voilà content.

Tout ce que vous voulez , je le veux pour vous plaire; Donnez-moi seulement votre main.

CHARLOTTE

Pourquoi faire?

D. JUAN

II faut que cent baisers vous marquent l’intérêt.,.

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