ACTE II, SCÈNE IV
Qu’i nous juge.
CHARLOTTE
Monsieu, jugé-nous, s’i vous plaît :
Laqueule est parmi nous...
MATHURINE
Gageons q’ c’est moi qu’il aima
Vou zallezvoir.
„ CHARLOTTE
Tant mieux : vou zallez voir vou-même.
MATHURINE
Dites.
CHARLOTTE
Parlez.
D. JUAN
Comment ! est-ce pour vous moquer?
Quel besoin avez-vous de me faire expliquer?
A l’une de vous deux j’ai promis mariage;
J’en demeure d’accord : en faut-il davantage?
Et chacune de vous , dans un débat si prompt,
Ne sait-elle pas bien comme les choses vont ?
Celle à qui je me suis engagé doit peu craindre Ce que , pour l’étonner, l’autre s’obstine à feindre ; f Et tous ces vains propos ne sont qu’à mépriser,
Pourvu que je sois prêt toujours à l’épouser.
Qui va de bonne foi hait les discours frivoles ;
J’ai promis des effets , laissons là les paroles.
C’est par eux que je songe à vous mettre d’accord ;
Et l’on saura bientôt qui de vous deux a tort,
Puisqu’en me mariant je dois faire connaître Pour laquelle l’amour dans mon cœur a su naître.
(à Mathurine. )
Laissez-la se flatter, je n’adore que vous.
(à Charlotte.)
Ne la détrompez point, je serai votre époux.
(à Mathurine.)
Il n’est charmes si vifs que n’effacent les vôtres.
(à Charlotte.)
Quand on a vu vos yeux, on n’en peut souffrir d’autres. Une affaire me presse , et je cours l’achever ;
Adieu : dans un moment je viens vous retrouver.
CHARLOTTE
C’est moi qui li plaît mieux , au moins.
LE FESTIN DE PIERRE
MATIIURINE.
Que je Pépouseron.
Pourtant je pens*
SGANARELIÆ.
Je plains votre innocence , Pauvres jeunes brebis , qui pour trop croire un fou , Vous-mêmes vous jetez dans la gueule du loup! Croyez-moi toutes deux , ne soyez pas si promptes À vous laisser ainsi duper par de beaux contes. Songez à vos oisons , c’est le plus assuré.
D. JUAN , revenant.
D’où vient que Sganarelle est ici demeuré ?
SGANARELLE
Mon maître n’est qu’un fourbe, et tout ce qu’il débite Fadaise ; il ne promet que pour aller plus vite.
Parlant de mariage , il cherche à vous tromper.
Il en épouse autant qu’il en peut attraper;
(Il aperçoit D. Juan qui l’écoute.)
Et... Cela n’est pas vrai : si l’on vient vous le dire, Répondez hardiment qu’on se plaît à médire ;
Que mon maître n’est fourbe en aucune action ,
Qu’il n’épouse jamais qu’à bonne intention ,
Qu’il n’abuse personne, et que s’il dit qu’il aime...
Ah ! tenez , le voilà ; sachez-le de lui-même.
D. JUAN, à Sganarelle.
Oui!
sganarelle.
Le monde est si plein , monsieur, de médisants , Que , comme on parle mal surtout des courtisans,
Je leur faisais entendre à toutes deux , pour cause , Que si quelqu’un de vous leur disait quelque chose , Il fallait n’en rien croire; et que de suborneur...
D. JUAN
Sganarelle!...
SGANARELLE
Oui , mon maître est un homme d’honneur, Je le garantis tel.
D. JUAN
Hom !
SGANARELLE
Ce seront des bêtes ,
Ceux qui tiendront de lui des discours malhonnêtes.