‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 375 sur 417 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Qu’i nous juge.

CHARLOTTE

Monsieu, jugé-nous, s’i vous plaît :

Laqueule est parmi nous...

MATHURINE

Gageons q’ c’est moi qu’il aima

Vou zallezvoir.

„ CHARLOTTE

Tant mieux : vou zallez voir vou-même.

MATHURINE

Dites.

CHARLOTTE

Parlez.

D. JUAN

Comment ! est-ce pour vous moquer?

Quel besoin avez-vous de me faire expliquer?

A l’une de vous deux j’ai promis mariage;

J’en demeure d’accord : en faut-il davantage?

Et chacune de vous , dans un débat si prompt,

Ne sait-elle pas bien comme les choses vont ?

Celle à qui je me suis engagé doit peu craindre Ce que , pour l’étonner, l’autre s’obstine à feindre ; f Et tous ces vains propos ne sont qu’à mépriser,

Pourvu que je sois prêt toujours à l’épouser.

Qui va de bonne foi hait les discours frivoles ;

J’ai promis des effets , laissons là les paroles.

C’est par eux que je songe à vous mettre d’accord ;

Et l’on saura bientôt qui de vous deux a tort,

Puisqu’en me mariant je dois faire connaître Pour laquelle l’amour dans mon cœur a su naître.

(à Mathurine. )

Laissez-la se flatter, je n’adore que vous.

(à Charlotte.)

Ne la détrompez point, je serai votre époux.

(à Mathurine.)

Il n’est charmes si vifs que n’effacent les vôtres.

(à Charlotte.)

Quand on a vu vos yeux, on n’en peut souffrir d’autres. Une affaire me presse , et je cours l’achever ;

Adieu : dans un moment je viens vous retrouver.

CHARLOTTE

C’est moi qui li plaît mieux , au moins.

LE FESTIN DE PIERRE

MATIIURINE.

Que je Pépouseron.

Pourtant je pens*

SGANARELIÆ.

Je plains votre innocence , Pauvres jeunes brebis , qui pour trop croire un fou , Vous-mêmes vous jetez dans la gueule du loup! Croyez-moi toutes deux , ne soyez pas si promptes À vous laisser ainsi duper par de beaux contes. Songez à vos oisons , c’est le plus assuré.

D. JUAN , revenant.

D’où vient que Sganarelle est ici demeuré ?

SGANARELLE

Mon maître n’est qu’un fourbe, et tout ce qu’il débite Fadaise ; il ne promet que pour aller plus vite.

Parlant de mariage , il cherche à vous tromper.

Il en épouse autant qu’il en peut attraper;

(Il aperçoit D. Juan qui l’écoute.)

Et... Cela n’est pas vrai : si l’on vient vous le dire, Répondez hardiment qu’on se plaît à médire ;

Que mon maître n’est fourbe en aucune action ,

Qu’il n’épouse jamais qu’à bonne intention ,

Qu’il n’abuse personne, et que s’il dit qu’il aime...

Ah ! tenez , le voilà ; sachez-le de lui-même.

D. JUAN, à Sganarelle.

Oui!

sganarelle.

Le monde est si plein , monsieur, de médisants , Que , comme on parle mal surtout des courtisans,

Je leur faisais entendre à toutes deux , pour cause , Que si quelqu’un de vous leur disait quelque chose , Il fallait n’en rien croire; et que de suborneur...

D. JUAN

Sganarelle!...

SGANARELLE

Oui , mon maître est un homme d’honneur, Je le garantis tel.

D. JUAN

Hom !

SGANARELLE

Ce seront des bêtes ,

Ceux qui tiendront de lui des discours malhonnêtes.

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