‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 39 sur 417 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ANTIOCHÜS.

Que je serais heureux si je n’aimais un frère!

Lorsqu’il ne veut pas voir le mal qu’il se veut faire ,

Mon amitié s’oppose à son aveuglement :

Elle agira pour vous , mon frère , également,

Et , n’abusera point de cette violence Que l’indignation fait à votre espérance2.

La pesanteur du coup souvent nous étourdit3 •

On le croit repoussé quand il s’approfondit ;

Et quoiqu’un juste orgueil sur l’heure persuade ,

Qui ne sent point son mal est d’autant plus malade;

Ces ombres de santé cachent mille poisons,

Et, la mort suit de près ces fausses guérisons.

Daignent les justes dieux rendre vain ce présage!

Cependant allons voir si nous vaincrons l’orage,

Et si , contre l’effort d’un si puissant courroux ,

La nature et l’amour voudront parler pour nous4.

1 II veut dire : nous n’avons plus à choisir entre Cléopâtre et Rodogune. N’ont plus de choix, dans le sens qu’on lui donne ici, n’est pas' français. (V.) — Ce n’est point lâ du tout, la pcnsee de Sélcucus ; il veut dire : « Ni Cléopâtre ni Rodogune n’ont plus désormais à choisir « entre nous , puisque je vous fais roi , et que je vous cède Rodogune. » Ce ne peut être que par distraction que Voltaire lui prête ici un sens si opposé à celui de Corneille. (P.)

* Cela est très-obscur, et à peine intelligible ; on ne fait point violence à une espérance. (V.)

3 Antiochus perd là dix vers entiers à débiter des sentences: est* ce l’occasion de disserter, de parler de malades qui ne sentent point leur mal, et d’ombres de santé qui cachent mille poisons? On ne peut trop répéter que la véritable tragédie rejette toutes les dissertations, toutes les comparaisons, tout ce qui sent le rhéteur, et que tout doit être sentiment , jusque dans le raisonnement même (V.)

4 L-a nature et l’amour qui parlent contre l’effort d’un courroux’

RODOGUNE

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