ANTIOCHUS, RODOGUNE
RODOGUNE
Prince, qu’ai-je entendu ? parce que je soupire ,
Vous présumez que j’aime, et vous m’osez le dire 1 ï Est-ce un frère , est-ce vous dont la témérité S’imagine...
ANTIOCHUS
Apaisez ce courage irrité ,
Princesse; aucun de nous ne serait téméraire Jusqu’à s’imaginer qu’il eût l’heur de vous plaire :
Je vois votre mérite et le peu que je vaux ,
Et ce rival si cher connaît mieux ses défauts 2.
Mais si tantôt ce cœur parlait par votre bouche,
11 veut que nous croyions qu’un peu d’amour le touche,
Et qu’il daigne écouter quelques-uns de nos vœux ,
Puisqu’il tient à bonheur d’être à l’un de nous deux.
Si c’est présomption de croire ce miracle ,
Voilà encore des expressions impropres : je ne me lasserai point de dire qu?il les faut remarquer, non pas pour observer des fautes, mais pour être utile à ceux qui ne lisent pas avec assez d’attention, à ceux qui veulent se former le goût et posséder leur langue , à ceux qui veulent écrire , aux étrangers qui nous lisent. On a passé boaucoup de fautes eontre la langue et contre l’élégance et la"nettcté de la construction : le lecteur attentif peut les sentir. On a craint de faire trop de remarques , et de marquer une affectation de critiquer. (V.)
1 L’âme du spectateur était remplie de deux assassinats proposés par deux femmes ; on attendait la suite de ces horreurs : le spectateur est étonné de voir Rodogune qui se fâche de ce qu’on présume qu'elle pourrait aimer un des princes , destiné pour être son époux ; elle ne parle que de la témérité d’Antiochus, qui, en la voyant soupirer, ose supposer qu’elle n’est pas insensible. C’était un des ridicules à la mode dans les romans de chevalerie, comme on l’a déjà dit; il fallait qu’un chevalier n’imaginût pas que la dame de ses pensées pût être sensible avant de très-longs services : ces idées infectèrent notre théâtre. (V.)
2 Est-ce à Antiocims à parler des défauts de son frère? comment peut-on dire à une telle femme que les deux frères connaissent trop bien leurs défauts pour oser croire qu’elle puisse aimer l’un des deux- (V.)