‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 409 sur 417 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

D. LOUIS, D. JUAN, SGANARELLE

D. LOUIS

Ne m’abusez-vous point? et serait-il possible Que votre cœur, ce cœur si longtemps inflexible, Si longtemps en aveugle au crime abandonné ,

Eût rompu les liens dont il fut enchaîné?

Qu’un pareil changement me va causer de joie ! Mais , encore une fois , faut-il que je le croie?

LE FESTIN DE PIERRE

Et se peut-il qu’enfin le ciel m’ait accordé Ce qu’avec tant d’ardeur j’ai toujours demandé?

D. JUAN

Oui, monsieur; ce retour dont j’étais si peu digne Nous est de ses bontés un témoignage insigne.

Je ne suis plus ce fils dont les lâches désirs N’eurent pour seul objet que d’infâmes plaisirs ;

Le ciel , dont la clémence est pour moi sans seconde * M’a fait voir tout à coup les vains abus du monde ; Tout à coup de sa voix l’attrait victorieux A pénétré mon âme et dessillé mes yeux ;

Et je vois, par l’effet dont sa grâce est suivie ,

Avec autant d’horreur les taches de ma vie ,

Que j’eus d’emportement pour tout ce que mes sens Trouvaient à me flatter d'appas éblouissants.

Quand j’ose rappeler l’excès abominable

Des désordres honteux dont je me sens coupable,

Je frémis, et m’étonne, en m’y voyant courir, Comme le ciel a pu si longtemps me souffrir ;

Comme cent et cent fois il n’a pas sur ma tête Lancé l’affreux carreau qu’aux méchants il apprête. L’amour, qui tint pour moi son courroux suspendu, M’apprend à ses bontés quel sacrifice est dû.

11 l’attend , et ne veut que ce cœur infidèle ,

Ce cœur jusqu’à ce jour à ses ordres rebelle.

Enfin , et vos soupirs l’ont sans doute obtenu ,

De mes égarements me voilà revenu.

Plus de remise. Il faut qu’aux yeux de tout le monde A mes folles erreurs mon repentir réponde ;

Que j’efface , en changeant mes criminels désirs , L’empressement fatal que j’eus pour les plaisirs ,

Et tâche à réparer , par une ardeur égale,

Ce que mes passions ont causé de scandale.

C’est à quoi tous mes vœux aujourd’hui sont portés ; Et je devrai beaucoup, monsieur, à vos bontés,

Si , dans le changement où ce retour m’engage ,

Vous me daignez choisir quelque saint personnage Qui , me servant de guide , ait soin de me montrer A bien suivre la route où je m’en vais entrer.

D. LOUIS

Ah ! qu’aisément un fils trouve le cœur d’un père

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