‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 69 sur 417 · PHOCAS , PULCHÉRIE, HÉRACLIUS, CRISPE · texte numérisé non relu

PHOCAS , PULCHÉRIE, HÉRACLIUS, CRISPE

PHOCAS, à Pulchéric.

Dis , si tu veux encor , que ton cœur la souhaite.

( à Héraclius. )

Approche , Martian , que je te le répète :

Cette ingrate furie , après tant de mépris ,

Conspire encor la perte et du père et du fils ;

Elle-même a semé cette erreur populaire D’un faux Héraclius qu’elle accepte pour frère :

Mais quoi qu’à ces mutins elle puisse imposer ,

Demain ils la verront mourir, ou t’épouser.

Seigneur...

PHOCAS

Carde sur toi d’attirer ma colère.

I )ussé-je mal user de cet amour de père ,

Étant ce que je suis , je me dois quelque effort Pour vous dire, seigneur, que c’est vous faire tort,

Et que c’est trop montrer d’injuste défiance De ne pouvoir régner que par son alliance :

Sans prendre un nouveau droit du nom de son époux , Ma naissance suffit pour régner après vous.

J’ai du cœur, et tiendrais l’empire même infâme,

S’il fallait le tenir de la main d’une femme.

Eh bien! elle mouvra, tu n’en as pas besoin'.

De vous-même, seigneur, daignez mieux prendre soin. Le peuple aime Maurice ; en perdre ce qui reste Nous rendrait ce tumulte au dernier point funeste.

Au nom d’Héraclius à demi soulevé,

Vous verriez par sa mort le désordre achevé.

11 vaut mieux la priver du rang qu’elle rejette f

* Ce mot semble condamner toute la scène précédente. Fhocas avoue qu’il n’avait nul besoin de marier Pulchéric à son fils; il semble, au contraire , qu’il devait avoir un besoin très-pressant de ce mariage pour former un nœud intéressant. (V.)

HÉKACL1US.

UK

Faire régner une autre , et la laisser sujette;

Et, d’un parti plus bas punissant son orgueil...

PHOCAS

Quand Maurice peut tout du creux de son cercueil*

A ce fils supposé, dont il me faut défendre,

Tu parles d’ajouter un véritable gendre î

1IÉRACLIUS.

Seigneur , j’ai des amis chez qui cette moitié

PIIOCAS.

A l’épreuve d’un sceptre il n’est point d’amitié,

Point qui ne s’éblouisse à l’éclat de sa pompe ,

Point qu 'après son hymen sa haine ne corrompe.

Elle mourra, te dis-je.

PULCHÉRIE, à Méraclius.

Ah ! ne m’empêchez pas De rejoindre les miens par un heureux trépas.

La vapeur de mon sang ira grossir la foudre Que Dieu tient déjà prête à le réduire en poudre 2 ;

Et ma mort, en servant de comble à tant d’Iiorreurs...

PIIOCAS.

Par ses remercîments juge de ses fureurs.

J’ai prononcé l’arrêt, il faut que l’effet suive lîésous-la de t’aimer, si tu veux qu’elle vive;

Sinon , j’cn jure encore, et ne t’écoute plus,

Son trépas dès demain punira ses refus.

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