ACTE II, SCÈNE I. lrtj
Qui , pour peu qu’elle veuille écouter la raison ,
Ne m’accusera plus de cette trahison ;
Car c’en est une enfin bien digne de supplice 1 Qu’avoir d’un tel secret donné le moindre indice.
LltONTINE.
Et qui donc aujourd’hui le fait connaître à tous ?
Est-ce le prince, ou moi?
EUDOXE
Ni le prince, ni vous.
De grâce , examinez ce bruit qui vous alarme.
On dit qu’il est en vie, et son nom seul les charme :
On ne dit point comment vous trompâtes Phocas,
Livrant un de vos fils pour ce prince au trépas ,
Ni comme après, du sien étant la gouvernante ,
Par une tromperie encor plus importante ,
Vous en fîtes l’échange, et, prenant Martian,
Vous laissâtes pour fils ce prince à son tyran 2 :
En sorte que le sien passe ici pour mon frère ,
Cependant que de l’autre il croit être le père 3 ,
Et voit en Martian Léonce qui n’est plus ,
Tandis que sous ce nom il aime Héraclius.
On dirait tout cela si, par quelque imprudence ,
Il m’était échappé d’en faire confidence :
Mais pour toute nouvelle on dit qu’il est vivant ;
Aucun n’ose pousser l’histoire plus avant.
Comme ce sont pour tous des routes inconnues ,
11 semble à quelques-uns qu’il doit tomber des nues;
Et j’en sais tel qui croit , dans sa simplicité ,
Que pour punir Phocas Dieu l’a ressuscité.
Mais le voici.
1 Le mot de supplice paraît trop fort; et digne de supplice n’est pas français, c’est un barbarisme. (V.)
2 Elle entend, par ce prince, Héraclius; mais elle ne dit pas ce qu elle veut dire : elle devrait expliquer que Léontine a fait passer Martian pour son propre fils Léonce, et a donné Héraclius , fils de Maurice, pour Martian, fils de Phocas. (V.)
DCet il croit être se rapporte, par la phrase, à Martian , et cependant c’est Phocas dont on parle. Dans un sujet si obscur, il est absolument nécessaire que les phrases soient toujours claires , et Eudoxc ne s’explique pas assez nettemeut. (V.)