‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 73 sur 417 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LÉONTINE , EUDOXE

LÉONTINE

Voilà ce que j’ai craint de son âme enflammée 1 .

EUDOXE

S’il m’eût caché son sort , il m’aurait mal aimée.

LÉONTINE

Avec trop d’imprudence il vous l’a révélé.

Vous êtes fille , Eudoxe , et vous avez parlé :

Vous n’avez pu savoir cette grande nouvelle Sans la dire à l’oreille à quelque âme infidèle ,

A quelque esprit léger , ou de votre heur jaloux ,

A qui ce grand secret a pesé comme à vous.

C’est par là qu’il est su, c’est par là qu’on publie Ce prodige étonnant d’Héraclius en vie ;

C’est par là qu’un tyran , plus instruit que troublé De l’ennemi secret qui l’aurait accablé a ,

Ajoutera bientôt sa mort à tant de crimes,

Et se sacrifiera pour nouvelles victimes Ce prince dans son sein pour son fils élevé ,

Vous qu’adore son âme, et moi qui l’ai sauvé.

Voyez combien de maux pour n’avoir su vous taire3 !

EUDOXE

Madame, mon respect souffre tout d’une mère,

* Le spectateur ne peut savoir d’abord que c’est Léontine qui parle, et que c’est cette même Léontine, autrefois gouvernante d’Héraclius et /le Martian; il serait peut-être mieux qu’on en fût informe d'abord. Il faut que tous ceux qui assistent à une pièce de théâtre connaissent tout d’un coup les personnages qui se présentent, excepte ceux dont l’intérêt est de cacher leur nom. (V.)

3 Cela n’est pas français. Instruit d’un ennemi , troublé d’un ennemi . ce sont deux barbarismes et deux solécismes à la fois dans un seul vers (V.)

3 Ce vers est encore bourgeois; mais les précédents sont nobles, exacts , bien tournés , forts , précis , et dignes de Corneille. (V.)

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