SCÈNE PREMIÈRE
LÉONTINE , EUDOXE
LÉONTINE
Voilà ce que j’ai craint de son âme enflammée 1 .
EUDOXE
S’il m’eût caché son sort , il m’aurait mal aimée.
LÉONTINE
Avec trop d’imprudence il vous l’a révélé.
Vous êtes fille , Eudoxe , et vous avez parlé :
Vous n’avez pu savoir cette grande nouvelle Sans la dire à l’oreille à quelque âme infidèle ,
A quelque esprit léger , ou de votre heur jaloux ,
A qui ce grand secret a pesé comme à vous.
C’est par là qu’il est su, c’est par là qu’on publie Ce prodige étonnant d’Héraclius en vie ;
C’est par là qu’un tyran , plus instruit que troublé De l’ennemi secret qui l’aurait accablé a ,
Ajoutera bientôt sa mort à tant de crimes,
Et se sacrifiera pour nouvelles victimes Ce prince dans son sein pour son fils élevé ,
Vous qu’adore son âme, et moi qui l’ai sauvé.
Voyez combien de maux pour n’avoir su vous taire3 !
EUDOXE
Madame, mon respect souffre tout d’une mère,
* Le spectateur ne peut savoir d’abord que c’est Léontine qui parle, et que c’est cette même Léontine, autrefois gouvernante d’Héraclius et /le Martian; il serait peut-être mieux qu’on en fût informe d'abord. Il faut que tous ceux qui assistent à une pièce de théâtre connaissent tout d’un coup les personnages qui se présentent, excepte ceux dont l’intérêt est de cacher leur nom. (V.)
3 Cela n’est pas français. Instruit d’un ennemi , troublé d’un ennemi . ce sont deux barbarismes et deux solécismes à la fois dans un seul vers (V.)
3 Ce vers est encore bourgeois; mais les précédents sont nobles, exacts , bien tournés , forts , précis , et dignes de Corneille. (V.)