‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 78 sur 417 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

LÉONTINE, EUDOXE

LÉONTINE

Ce n’est plus avec vous qu’il faut que je déguise;

A ne vous rien cacher son amour m’autorise :

Vous saurez les desseins de tout ce que j’ai fait* r Et pourrez me servir à presser leur effet.

Notre vrai Martian adore la princesse :

Animons toutes deux l’amant pour la maîtresse; Faisons que son amour nous venge de Phocas1 2 ,

Et de son propre fils arme pour nous le bras.

Si j’ai pris soin de lui , si je l’ai laissé vivre.

Si je perdis Léonce , et ne le fis pas suivre ,

Ce fut sur l’espoir seul qu’un jour , pour s’agrandir , A ma pleine vengeance il pourrait s’enhardir.

Je ne l’ai conservé que pour ce parricide.

Ah! madame!

EUDOXE

LÉONTINE

Ce mot déjà vous intimide !

C’est à de telles mains qu’il nous faut recourir ; C’est par là qu’un tyran est digne de périr ;

Et le courroux du ciel , pour en purger la terre , Nous doit un parricide au refus du tonnerre. C’est à nous qu’il remet de l’y précipiter : Phocas le commettra, s’il le peut éviter ;

Et nous immolerons au sang de votre frère Le père par le fils , ou le fils par le père.

1 Cela n'est pas français; il faut les raisons, ou apprenez mes desseins et tout ce que j’ai fait. (V.)

2 II paraît que Léontine n’a pris aucune mesure : elle a une espérance vague qu’un jour Martian , se croyant Héraclius , pourra tuer son propre père Phocas; mais elle n’est sûre de rien : elle se repaît de l’idée d’un parricide , à quoiEudoxe s’oppose très-raisonnablement. D’aiHeurs Léontine n’a qu’un intérêt éloigné à toute cette intrigue. Il n’est guère dans la nature qu’elle ait élevé Martian pour tuer un jour son père; on ne médite pas un parricide de si loin. Aujourd’hui qu’il s'agit défaire régner Héraclius, il n’importe par quelles mains Phocas périsse. Un parricide n’est ici qu'une horreur inutile : à peine est-il question de ce parricide dans la pièce. La fable a imaginé de telles atrocités dans la famille d’ Atréc ; mais ce sont les personnages de cette famillo qui les commettent eux-mêmes, emportés par la fureur de leur vengeance. (V.)

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