‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 77 sur 417 · ACTE II, SCÈNE il · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE il

Si sans votre congé posais en faire éclat ,

Puisque , sans votre aveu , toute mon aventure Passerait pour un songe ou pour une imposture.

Je dirai plus : l’empire est plus à vous qu’à moi ,

Puisqu’à Léonce mort tout entier je le doi ;

C’est le prix de son sang , c’est pour y satisfaire Que je rends à la sœur ce que je tiens du frère :

Non que pour m’acquitter par cette élection 1 Mon devoir ait forcé mon inclination ;

Il présenta mon cœur aux yeux qui le charmèrent; il prépara mon âme aux feux qu’ils allumèrent;

Et ces yeux tout divins, par un soudain pouvoir,

Achevèrent sur moi l’effet de ce devoir 2.

Oui , mon cœur, chère Eudoxe, à ce trône n’aspire ,

Que pour vous voir bientôt maîtresse de l’empire.

Je ne me suis voulu jeter dans le hasard Que par la seule soif de vous en faire part;

C’était là tout mon but. Pour éviter l’inceste Je n’ai qu’à m’éloigner de ce climat funeste;

Mais si je me dérobe au rang qui vous est dû ,

Ce sera par moi seul que vous l’aurez perdu ;

Seul je vous ôterai ce que je dois vous rendre.

Disposez des moyens et du temos de le prendre.

Quand vous voudrez régner , faites-m'en possesseur 3 :

Mais , comme enfin j’ai lieu de craindre pour ma sœur ,

T irez- la dans ce jour de ce péril extrême,

Ou demain je ne prends conseil que de moi-même.

LÉONTINE

Ueposez-vous sur moi , seigneur, de tout son sort;

Et n’en appréhendez ni l’hymen ni la mort.

* Le mot d 'élection n’est nullement le mot propre , et Héraeiius i*e peut mettre en doute qu’il n’ait eu de l’inclination pour Eudoxe, puisqu il l'aime depuis longtemps. (V.)

2 l)cs yeux divins qui achèvent l’effet d’un devoir sur quelqu’un , sont une étrange façon de parler. (V.)

3 Faites-moi possesseur de ce que je dois vous rendre , quand vous pourrez le prendre. Tout cela est bien loin de in noblesse et do IVlé- *ance que le style tragique demande. (V.)

Page 1