ANTIOCHUS, TIMAGÈNE, LAON1CE
ANTIOCHUS
Demeurez , Laonice 4 ;
brouille cette histoire. Cléopâtre u’est pas nommée une seule fois dans la pièce. Corneille en donne pour raison qu’on aurait pu la confondre avec la Cléopâtre de César; mais il n’y a guère d’apparence que les spectateurs instruits, qui instruisent bientôt les autres, eussent pris cette reine de Syrie pour la maîtresse de César. Et puis comment cet Antiochus avait-il promis de rendre le royaume aux deux princes , devaient-ils régner tous deux ensemble ? Tout cela est un peu confus dans le fond, et est exprimé confusément; plusieurs lecteurs en sont révoltés. On est plus indulgent à la représentation. (V.)
1 Rien ne fait mieux voir la nécessité absolue d’écrire purement, que l’erreur où jette ce mot succomba ; il fait croire qu*un frère d’Antiochus succomba dans cette nouvelle guerre ; point du tout ; il est question du roi Nicanor, qui avait succombé dans la guerre précédente : il fallait avait succombé', cela seul jette des obscurités sur cette exposition. N’oublions Jamais que la pureté du style est d’une nécessité indispensable. Quand on voit que celui qui conte cette histoire s’interrompt aux mille beaux exploits de cet Antiochus, craint à régal du tonnerre, et qui donna bataille , cette interruption , qui laisse le spectateur si peu instruit , lui ôte l’envie de s’instruire ; et il a fallu tout l’art et toutes les ressources du génie de Corneille pour renouer le fil de l’intérêt. (V.)
2 La construction est encore obscure et vicieuse; en se rapporte au frère , et lui se rapporte au Parthe. La difficulté d’employer les pronoms et les conjonctions, sans nuire à la clarté et à l’élégance, est.trôs-grande en français. (V.)
3 On ne sait point quel prince; et Antiochus ne se nommant point, laisse le spectateur incertain. (V.)
4 On ne sait encore si c’est Antiochus ou Sélcucus qui parle; on ignore
* KODÔGUSE.
Vous pouvez, comme lui, me rendre un bon office.
Dans l’état où je suis, triste, et plein de souci,
Si j’espère beaucoup , je crains beaucoup aussi.
Un seul mot aujourd’hui , maître de ma fortune ,
M’ôte ou donne à jamais le sceptre et Rodogune ,
Et de tous les mortels ce secret révélé Me rend le plus content ou le plus désolé 2.
Je vois dans le hasard tous les biens que j’espère 3 ,
Et ne puis être heureux sans le malheur d’un frère ,
Mais d’un frère si cher, qu’une sainte amitié Fait sur moi de ses maux rejaillir la moitié.
Donc pour moins hasarder j’aime mieux moins prétendre Et , pour rompre le coup que mon cœur n’ose attendre ,
Lui cédant deMeux biens le plus brillant aux yeux ,
M’assurer de celui qui m’est plus précieux 3 :
môme que 1 un est Àntiochus , l’autre Sèleucus. II est à remarquer cju’Antiochus n’est nommé qu’au quatrième acte, à la scène troisième, et Sèleucus à la scène cinquième , et que Cléopâtre n’est jamais nommée. 11 fallait d’abord instruire les spectateurs. Le lecteur doit sentir la difficulté extrême d’expliquer tant de choses dans une seule scène, et de les énoncer d’une manière intéressante. Mais voyez l’exposition de Jlajazet ; il y avait autant de préliminaires dont il fallait parler ; ce pendant quelle netteté ! comme tous les caractères sont annoncés! avec quelle heureuse facilité tout est développé ! quel art admirable dans celte exposition de Bajazet! (V.)
1 II vaudrait mieux qu’on sût déjà qui est Rodogune. Il est encore plus important de faire connaître tout d’un coup les personnages auxquels on doit s’intéresser, que les événements passés avant l’action. (V.)
2 II semble par la phrase que ce secret ait été révélé par tous les mortels. On n’insiste ici sur ces petites fautes que pour faire voir aux Jeunes auteurs quelle attention demande l’art des vers. (V.)
3 Est impropre et louche. Voir dans le hasard ne signifie pas : Mon bien est au hasard, mon bien est hasardé . (V.)
4 Donc ne doit presque jamais entrer dans un vers, encore moins le commencer. Quoi .donc se dit très-bien , parce que la syllabe quoi adoucit la dureté de la syllabe donc.
Ilacine a dit :
Je suis donc un témoin de leur peu de puissance.
Mais remarquez que ce mot est glissé dans le vers, et que sa rudesse est adoucie par la voyelle qui le suit. Peu de nos auteurs ont su employer cet enchaînement harmonieux de voyelles et de consonnes. Les vers les mieux penses et les plus exacts rebutent quelquefois : on en ignore la raison ; elle vient du défaut d’harmonie, (V.)
5 On est étonné d’abord qu’un prince cède un trône pour avoir une femme. Mais Antiochus est déterminé par son amitié pour son frère Sé* leucus, ainsi que par son amour pour Rodogune. Peut-être eût-il fallu uu’ Antiochus eût paru éperdument amoureux, el qu’on s’intéressât