MARTIAN, PULCHÉRIE
MARTIAN
Je veux bien l’avouer , madame ( car mon cœur
1 Eudoxe ne songe qu'à faire voir à sa mère qu’elle n’a point parti'; ; elle a été inutile dans toutes ces scènes. Elle fait aussi des raisonnements, au lieu d'étre effrayée, comme elle doit l’étre, du sort qui menace le véritable Héraclius qu’elle aime. (V.)
2 Le malheur est qu’en effet elle ne pourvoit à rien : on s’attend qu’elle fera la révolution , et la révolution se fera sans elie. Le lecteur impartial, et surtout les étrangers , demandent comment la pièce a pu réussir avec des défauts si visibles. Ce n’est pas seulement le nom de i’auteur qui a fait ce succès ; car, malgré son nom , plusieurs de ses pièces sont tombées : c’est que l’intrigue est attachante , c'est que l’intérêt de curiosité est grand, c’est qu’il y a dans cette tragédie de trèsbeaux morceaux qui enlèvent le suffrage des spectateurs. L’instruction de la jeunesse exige que les beautés et les défauts soient remarqués. (V.)
■> La première scène de ce troisième acte a la même obscurité que
A rie la peine encore à vous nommer ma sœur ),
Quand , malgré ma fortune à vos pieds abaissée ,
J’osai jnsques à vous élever ma pensée,
Plus plein d’étonnement que de timidité ,
J’interrogeais ce cœur sur sa témérité;
Et dans ses mouvements , pour secrète réponse,
Je sentais quelque chose au-dessus de Léonce,
Dont, malgré ma raison, l’impérieux effort Emportait mes désirs au delà de mon sort.
PULCHÉR1E.
Moi-même assez souvent j’ai senti dans mon âme Ma naissance en secret me reprocher ma flamme.
Mais quoi ! l’impératrice , à qui je dois le jour,
Avait innocemment fait naître cet amour :
J’approchais de quinze ans , alors qu’empoisonnée 1 Pour avoir contredit mon indigne hyménée ,
Elle mêla ces mots à ses derniers soupirs :
« Le tyran veut surprendre ou forcer vos désirs ,
« Ma fille , et sa fureur à son fils vous destine :
« Mais prenez un époux des mains de Léontine ;
« Elle garde un trésor qui vous sera bien cher. »
Cet ordre en sa faveur me sut si bien toucher ,
Qu’au lieu de la haïr d’avoir livré mon frère.
J’en tins le br uit pour faux , elle me devint chère ;
Et , confondant ces mots de trésor et d’époux ,
Je crus les bien entendre, expliquant tout de vous.
J’opposais de la sorte à ma frère naissance Les favorables lois de mon obéissance 2;
tout ce qui précède; et par conséquent le jeu des passions, les mouvements du cœur, ne peuvent encore se déployer ; rien de terrible, rien de tragique, rien de tendre ; tout se passe en éclaircissements , en réflexions , én énigmes ; mais l’intérêt de curiosité soutient la pièce. (V.)
1 Voilà encore une nouvelle préparation, une nouvelle avant-scène. On n’apprend qu’au troisième acte que la mère de Pulchérle a été empoisonnée; on apprend encore qu’elle a dit que Léontine gardait un trésor pour la princesse. Tous ces échafauds doivent être posés au premier acte, autant qu’on le peut, afin que l’esprit n’ait plus à s’occuper que de l’action. (V.)
2 Tous ces raisonnements subtils sur l’amour et sur la force du sang, auxquels Martian répond aussi par des réflexions, sont d’ordinaire l’opposé du tragique. Les subtilités ingénieuses amusent l’esprit dans un livre, et encore très-rarement; mais tout ce qui n’est point sentiment, passion, pitié, terreur, est froideur au théâtre. Qu’cst-ce que c'est qu’une flère naissance et les lois d'une obéissance? (V.)