‹ Théâtre de pocheChapitre 15 sur 82 · BERTHE · texte numérisé non relu

BERTHE

Derrière le Clos-Bruneau, après la messe. Prenez garde, Landry, on pourrait vous voir.

LAHDRY.

J'y serai. Ton bras est plus doux qu'un col de cygne. Je t'adore, ma belle amie.

SATANAS

Je n'ai que faire là ; ils sont en bon chemin et ironl fort bien tout seuls.

LE PRÊTRE

Dominus vobisctim.

l'enfant de chœur.

Et mm spiritii tno.

satanas.

Tu tuo... Quelle cacophonie et quel latin ! du vrni la-

.Kl THÉÂTRE DE POCHE

lin do cuisine! La bon Dieu n'csf pas difficile. Ce prètrelà a l'air d'un buffle à qui l'on aurait scié les cornes. Si le Seigneur est avec son esprit, le Seigueui* court gi^and risque d'être seul ou en bien mauvaise compagnie. Mais avisons à ce que font nos deux péronnelles.

BLANCHEFLOR.

Libéra nos a malc,

SATANAS, ricananl.

Délivrez-nous du mauvais. Ainsi soit-il. (A demi-voii. ' Il paraît qu'on s'occupe de moi. Que cette jeune fdle est lielle I on la prendrait plutôt pour une dame de la cour que pour une simple bourgeoise ; elle efface toutes ses compagnes.

l'orgueu. de blancheflor.

11 est \Tai que je ne suis pas mal, et que, si j'étais parée, peu déjeunes filles pourraient l'emporter sur moi.

SATANAS

Ah ! ail ! voilà quel est ton avis ! Oh 1 les femmes, les femmes ! Je crois que la plus humble a encore plus d'or- ■gueil que moi, le diable, qui ne reconnais personne audessus de moi, pas même Dieu. (Haut.) Tous les hommes ont les yeux fixés sur elle, et, si elle voulait pour amant ou pour mari le fils du comte, elle l'aurait très-certainement.

UNE LARMK DU DIABLK TA

L^ ORGUEIL nE BLAKCHEFLOR.

Pourquoi pas?

Elle laisse tomber-son livre de messe.

SATANAS

Voilà qui marche on ne peut mieux. Essayons de l'autre maintenant.

ALIl.

Ma sœur est bien distraite aujourd'hui.

SATANAS , se logeant dans la boucle d^oreille d'Alix, cl la

faisant parler.

Je suis faite avec Tor le plus fin et par le meilleur orfèvre ; on croirait qu'il a pris un rayon du soleil, qu'il Ta forgé et arrondi en cercle, tant je suis luisante et polio ; aucun œil ne peut soutenir mon éclat; je suis ornée d'une grosse émeraude du plus beau vert de mer, et, au moindre mouvement, je fais un cliquetis le plus agréable et le plus coquet du monde ; les boucles d'oreilles de Berthe ont fair de cuivre rouge. Et puis je mords par son lobe de corail la plus charmante oreille qui se soit jamais enroulée, comme une coquille de nacre, près d'une tempe transparente et sous de beaux cheveux noirs.

l'oreille d'alix.

En vérité, je suis bien plus petite et bien mieux ourlée que Foreille de ma sœur.

SAINT BONAVENTURE, se détachant du vitrage et se projetant' comme une ombre sur le col d'Alix.

Alix y Alix, prends garde!

32 THKATRE DE POCHE

SATANAS

Ce n*esl pas de jeu, Père éternel ; tu triches, cela n'est pas honnête ; tu devais me laisser agir. J'aperçois aussi par là les anges gardiens des deux créatures ; s'ils ne s'en vont, je les plumerai tout vifs.

LE PÈRE ÉTERNEL

Tu prends la mouche hors de propos. C'est la réfraction du soleil à !ra\ersles vitraux.

SATAN AS

A d'autres ! Le soleil n'est pas de ce côté, et les autres ombres se projettent toutes en sens inverse.

LE PÈRE ÉTERNEL

/fiions, Bonaventure, remonte à ta fenêtre et replacetoi dans ta chape de plomb.

AZRAEL, an paradis, dans sa stalle.

Elle est perdue ! elle est perdue! Distraite pendant la messe î

HAGDALENA.

Perdue ! et pourquoi 2 J'en ai bien fait d'autres, moi qui vous parle, et cependant me voilà ici ; elle se repentira après, et la confession la rendra plus blanche que neige.

SATANAS, soiis la figure du fils du comte.

Mademoiselle, voici votre missel qui était tombé à terre : il est tout fripé e\ tout tiché ; daignez accepter le

mE LAWME Dt DlAliLh 35

mien. Luissez-moi celui-ci : j'ai uu enlumineur ibrl iiabile qui réparera le dommage.

BLAMCHËFLOR.

Monseigneur, vous êtes bien bon... lEiie ouvre le livre j À 11 ! mon Dieu! qu'il est beau! que ces figures sont bien peintes ! quelles couleurs éclatantes ! Le ciel n'a pas d'azur plus limpide que celui-ci. Comme cet or brille! comme ces fleurons sont délicatement entrelacés ! que ces marges sont ornées avec goût i C'est un livre trèsprécieux. Voyons les images. (Elle feuiUeiie le livre.) Quel est donc ce sujet? je ne le connais pas. Un jeune homme et une jeune fille qui se promènent seuls dans un beau jardin en fleurs ; leurs yeux brillent d'un éclat extraordinaire, leurs lèvres s'épanouissent comme des roses. Le jeune homme a un bras autour de la jeune fille ; on dirait qu'ils vont s'embrasser. C'est étrange, mais je n'ai jamais vu de pareilles vignettes dans un livre de messe. Gomme ils ont l'air heureux ! ... Je suis toute troublée, et il me vient des pensées qui ne m'étaient pas encore venues... Ah! que vois-je encore? mi autre couple : la femme est à moitié nue, ses cheveux inondent ses blanches épaules, ses bras diaphanes sont noués au cou d'un beau cavalier ; les lèvres de la femme sont collées aux siennes, elle a l'air de boire son haleine. Apparemment c'est la parabole de l'enfant prodigue quand il est chez

les courtisanes. (EUe tourne encore quelques feuillets; les images

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ilcviennent de plus en plus licencieuses.) Je me SenS la flgUrC

tout en feu ; je ne voudrais pas voir et je regarde. Que tout cela est singulier !

* SATANIS,

Si cette vertu-là était seule dans une chambre^ le premier vice un peu bien vêtu' qui se présenterait en. aurait bon marché. Sa gorge palpite comme une ^u.pendant l'orage, ses joues sont plus rouges que des -cerises, ses yeux sont humides. Comme Tidée du plaisir agit sur ces jeunes têtes I Ces trois pauvres petites vertus théologales ne sont réellement pas de force à lutter contre sept gros gaillards de péchés capitaux !

BLAMCHEFLOR.

Il me semble qu'il serait bien agréable d'êti'e embrassée ainsi par le page Valcntin ; il a les dents si blanches et les lèvres si roses ! Voyons encore cette image ; je n'en regarderai plus après.

sâtanâs.

ïu les regardei'as jusqu'à la dernière, ou je veux m'emporter moi-même.

MIZAEL, là-haut.

Mais c'est qu'elle y prend goût ! Aurait-on cru cela l'eussiez -vous cru, Desdemona?

DESDEMOM.

ie ne le croyais pas-, mais ma suivante Euiilia n'éUiit

UNE URMK DU I5IABLE 35

pas de moiv avis, et prétendait que la chose était commune.

MIZAEL.

Fiéz-vous dona à ces petites prudes qui s'en vont l'œil .baissé et les mains croisées sur la modestie !

HAGDALEMA.

Jq vous avais bien dit qu'il n y avait rien de si chanceux que d'aimer des honnêtes femmes ; il y a toujours làndessous quelque déception.

DESDEMOr^A.

Couiuie vous y allez, Magdalena, parce (|ue vous avez mené mie conduite pour le moins équivoque, il ne faut l>as...

MAGDALENA

Allez donc, madame l'amoureuse de nègres, qui voUs êtes sauvée de nuit de chez votre père, le digne Brabatitio!

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