‹ Théâtre de pocheChapitre 40 sur 82 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

ARLEQUIN, GOLOHBIME.

ARLEQUIN

Colombine, un mot!

COLOMBINE

•Non!

J5U niÉATKE DE POCllK

Demeurez.

COLOMBINE

Point.

ARLEQUIN

De grâce!

J'ai là certain cadeiiu qu'il faut que je vous fasse.

COLOMBINE

Uu cadeau? Je m'arrête. Est-ce une chaîne d'or? Une bague? une montre? Y suis-je?

ARLEQUIN

Pas encor.

G0L0MBIÏ(E.

Une pièce bien lourde en bonne argenterie?

Un nœud de diamants ?

ARLEQUIN

Fi ! ma galanterie Ne s en va pas donner dans ces luxes grossiers^ Bons pour les parvenus et pour les financiers ; Je me garderais bien d^iumilier les femmes Par rinsultant excès de ces présents infâmes ; Car dans tous les pays, chez les plus gens de goût, On dit qu*en ces régals c'est le choix qui fait tout.

COLOMBINE

Vous me liûtes languir, dépêchez, voyons, qu'est-ce?

PJERllOT POSTHUME loi

Regai'dez, s'il vous plaît, cette petite caisse.

GOLOMBINE.

' Cetle caisse?

ARLEQUIN

Oui.

COLOMBINE

Grands dieux! que vois-je? une souris.

Certes, le don est rare et d'un merveilleux prix!

ARLEQUIN

Très-rare; une souris plus blanche qu'une liermine, Gaie, alerte, l'œil vif comme une Colombine : La femme est une chatte et sa gi'iffe nous tient ; Une souris est donc un présent, qui convient.

COLOMBINE

Uu êcriti me plaît mieux que trente souricières ; Je vous en avertis, ce sont là des manières A ne réussir point près des cœurs délicats, Et vous vous brouillerez avec messieurs les chats*

ARLEQUIN

Cette pauvre souris, tournant dans cette boîte j Représente mon âme allant à gauche, à droite, S'agitant sans repos dans la captivité Oîi depuis si longtemps la tient votre beauté; C'est mon cœur, prenez-le, Colombine fantasque,

Car je pàlis d'amour sous le noir de mon masque ; Je maigris, desséché par le feu des désirs, Et les moulins à venl tournent à mes soupii*s.

GOLOMBINE.

Arlequin, quoi ! c'est vous qui tenez ce langage? A ma pudicité cessez de faire outrage !

Renfoncez vos soupirs, n'ajoutez pas un mof , Et respectez en moi la femme de Pierrot !

ARLEQUIN

Mais, Pierrot, délaissant les rives de la Seine, Dont riiabitation lui devenait malsaine, A fait rencontre, en mer, de pirates d'Alger, Et vu d'un nœud coulant son destin s'abréger. Ne pouvant pas payer de rançon aux corsaires, 11 trouva la potence en fiiyant les galères.

GOLOHBINE.

En ce bas monde, hélas ! nul n'évite son sort !

ARLEQUIN

Donc je puis vous aimer ; car la femme d*un niorl En tout pays du monde a qualité de veuve.

COLOMBINE

Du trépas de Pierrot nous n'avons pas la preuve ; S'il allait reparaître, ainsi qu'un chien perdu ! S'il n'avait pas été suffisamment pendu I

ARLEQUIN

Bah ! rien n'est plus certain ; son extrait mortuaire, Sur le premier feuillet de tout dictionnaire.

PIEW\OT POSTHUMÏ!: 133

Se voit lisiblement écrit et parafé, Au-dessous d'un pierrot au gibet agrafé.

Ce sont titres fort bons qu'on ne saurait profluii'c Quand devant le notaire il me faudra conduire ; Car je pense, Arlequin, pour l'honneur de vos vœux, Qu'ils tendent à serrer le plus sacré des nœuds. Par un certificat, en forme légitime.

Démontrez-moi qu'on peut les accueillir sans crime, Je vous accorderai très-volontiers ma main.

Mais, jusque-là, néant !... je passe mon chemin.

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