‹ Théâtre de pocheChapitre 42 sur 82 · ARLEQUIN, LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, LE DOCTEUR

ARLEQUIN

Docteur, je suis malade!..

LE DOCTEUR

Qu avez-vous?. .. Trouvez-vous le vin amer ou fadeî

ARLEQUIN

Je le trouve excellent !

LE DOCTEUR

Et le rôti?

ARLEQUIN

Fort bon!

LE DOCTEUR

Que vous dirait le cœur en face d'un jambon?

ARLEQUIN

H me dirait, je crois, d en couper une tranche.

LE DOCTEUR

Montrez-moi votre langue. . . Elle est rougeet non bbuciic.

PItRROT POSTHUME 135

Tout ce diagnostic démontre que le mal, A ue pas en douter, est purement moral.

ARLEQUIN

Votre sagacité pénètre au fond des choses Et va donner du nez droit dans le pot aux roses; Oui, mon mal est moral, immoral bien plutôt; Car je suis amoureux de madame Pierrot!

LE DOCTEUR

De cette affection je connais le remède , Tarissez c-e flacon, qu'à prix d'or je vous cède , Pour elle votre amour se trouvera guéri Gomme si vous fussiez devenu son mari.

ARLEQUIN

Je n'en crois pas mi mot ; cette liqueur vermeille Qui rit dans le cristal à travers la bouteille, Qu'est-ce?

LE DOCTEUR

C'est l'élixir de longue vie.

ARLEQUIN

Eh bien I Puisque je veux mourir, cela ne me vaut rien.

LE DOCTEUR

Bon! tuez- vous d'abord, et dites qu'on infiltre,

Vous, mort, entre vos dents, trois gouttes de mon philtre;

Plus dispos que jamais vous ressusciterez ;

En revenant au jour quel effet vous ferez I

Par ce trépas galant Colombiiie attendrie

15(3 THÉATRt DE POCHE

Vous tend sa blanche main, avec vous se marie, Et vous avez bientôt, heureux et triomphants, Comme aux contes de fée, une masse d'enfants !

ARLEQUIN

Grand merci ! Si la drogue aUait être éventée?... Mais, docteur, dites-moi, par qui fat inventée Cette rare liqueur, dont les philtres si forts Conservent les vivants, rendent la vie aux morts.

LE DOCTEUR

Chez nous, de père en fils, on en sait la recette ; Et depuis cinq cents ans nous la tenons secrète.

ARLEQUIK.

Vos grands parents alors ont dû vivre bien vieuXÎ Sans doute vous avez encor tous vos aïeux ?

LE DOCTEUR

Nous ne pourrions jamais hériter de la sorte !

Et, comme de la vie il faut que chacun sorte.

Pour n'être pas contraints de nous assommer tous,

C'est chose convenue et réglée entre nous :

Aux vieillards, à cent ans, l'élixir se retranche,

Etj conmie des fruits mûrsj ils tombent de la branche.

ARLEQUIN i

C'est très-joli...

LE DOCTEUR

Prenez mon flacbn. . .

Non vraiment!

Je préfère mourir en véritable amant, Et je com^ me tuer, au seuil de Colombine, D'un coup de coutelas ou bien de carabine.

LE DOCTEUR

Et moi, je vais ailleurs chercher quelque nigaud Qui veuille pour ma fiole échanger son magot.

IjC docteur renlre chez lui. Arlequia soit par la gauche. A ce moment. Pierrot parait au fond du lhé:Ure.

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