‹ Théâtre de pocheChapitre 43 sur 82 · SCÈNE lY · texte numérisé non relu

SCÈNE lY

PIERROT

Mbuillez-vous, ô mes yeux ! et toi, lèvre attendrie, Baise, sm* le pavé, le sol de la patrie !

Aspirez, mes poumons, l'air du natal ruisseau! Bonjour, Paris ! . . . Salut, rue où fiit mon berceau ! . . . Le cabaret encor rit et jase à son angle ; A ce cher souvenir Témotion m'étrangle ; Mon nez qui se dilate aspire avec douceur Les parfums que répand l'étal du rôtisseur; Rien n'est changé. . . Voici la maison de ma femme , Pauvre femme !. .. J'ai dû Êdre un vide en son âme 1 Il le fallait; j'ai fui... Je ne sais pas pourquoi La justice s'était prise d'un goût pour moi ; Elle s'inquiétait de mes chants à la lune,

De mes moyens de vivre et de chercher fortune;

Pour lui faire sentir son indiscrétion.

Je rompis, un heau jour, la conversation ;

Et j'allai, n aimant pas qu'en route on m'accompagne,

Errer incognito sur les cotes d'Espagne,

Où je fis connaissance avec d'honnêtes gens.

Très-peu questionneurs et très-intelligents.

Nous menions, sur la mer, une charmante vie,

Quand notre barque fut aperçue et suivie

Par un corsaire turc plus fin voilier que nous.

Mes braves compagnons se firent hacher tous!

Conune il faisait très-chaud, moi, de crainte du hâle,

J'étais allé chercher de l'ombre à fond de cale ;

Hais bientôt, de mon coin brutalement extrait;

Je sentis à mon col un nœud qui le serrait.

Ha pose horizontale en perpendiculaire

Se changea. J'aperçus, dans l'onde bleue et claire.

Un reflet s'agiter et s'allonger en t.

Je fis un entrechat, et couac... tout fut fini !

Quel moment ! . . . Hais le ciel, dans sa miséricorde,

Voulut que l'on coupât un peu trop tôt la corde : »

Je tombai dans la mer, et, des vagues poussé,

Par des pêcheurs je fus, près du bord, ramassé.

C'est jouer de bonheur ! Pourtant cette aventure

He donne, dans le monde, une étrange posture ;

Et c'est une apostrophe à rester confondu,

Si quelqu'un me disait : Voyez, Pierrot pendu î

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