‹ Théâtre de pocheChapitre 58 sur 82 · GÉROME · texte numérisé non relu

GÉROME

Sans valet, tu l'as dit. revers surprenant !

Un homme comme moi sans valet! Quelle honte I

FRONTIN

De ses augustes mains, certes, monsieur Géronte Ne peut pas, aux regards des voisms ébaubis, Peindre en noir sa chaussure ^t battre ses habits.

Non ; l'on ferait sur moi cent brocards, cent risées.

MARINETTE

Qui suifera, le soir, vos boucles défrisées?

GÉRONTE

Dans quel gouffre de maux suis-je tombé, grand Dieu !

MARIISETTE.

Qui viendra, le matin, vous aUumer du feu?

GÉRONTE

Je me sens affaissé... la tristesse me gagne ;

Ah 1 Champagne, mon bon, mon fidèle Champagne,

Tu me manques !

FROJ(TIN.

Un sot !

MARINETTE

Un i\TOgne !

FRONTIN

Un voleur !

GÉRONTE

D'accord ; mais, s'il volait, j'étais le receleur ; Et, désormais, le fruit de ses. . . économies, Il le déposera dans des mains ennemies.

FRONTIN

C'est vraiment douloureux ; mais, puisqu'il est chassé, N'y pensez plus.

GÉRONTE

Par qui sera-t-il remplacé ?

Hélas!

FRONTIN

Par moi.

i90 THÉÂTRE DE POCHE

MARINETTE

Par moi.

GÉRONTE

Frontin ou Harinette?

Quel choix embarrassant !

FRONTIN

Monsieur, je suis honnête, Actif, intelligent, mangeant peu, buvant moins.

MARINETTE

Pour un maître, monsieur, j*ai mille petits soins : Je bassine son lit, je chauffe ses pantoufles, Je lui tiens son bougeoir, je lui fais. ..

FRONTIN

Tu t'essouffles, Ha chère ! Laisse-moi la parole un mopient.

Si je m'offre, monsieur, c*est par pur dévouement ; Je ne veux rien de vous, rien', ou fort peu de chose : Vingt écus !

GÉRONTE

Ce garçon plaide fort bien sa cause.

Je te prends.

MARINETTE

Quinze écus, et Thonneur d'être à vous, De mes peines seront un loyer assez doux ; Car je sers pour la gloire.

GÉRONTE

Elle est, ma foi, gentille-,

J'aime sa bouche en cœur et son œil qpi scintille. Je te prends.

FRONTIN

Dix écus, monsieur, me suffiront.

GERONTE.

Je te retiens.

HARINETTE.

Monsieur, ne soyez pas si prompt.

Je tiens plus, près d'un maître, aux égards qu'au salaire. Donnez-moi cinq écus, et je fais votre affaire.

GÉRONTE

C'est conclu, Marinette.

PRONTIN.

Une minute ; mpi.

Je ne demande rien du tout !

GÉROMTE.

Alors, c'est toi Que je choisis.

MARINETTE

Je fais de plus grands avantages :

Au lieu de moi, c'est vous qui recevrez des gages. Et je vous donnerai cent pistoles par an !

GERONTE ,

Ce mode est le meilleur. Marinette, viens-t'en.

FRONTIN

J'oJSre deux cents !

192 THÉATBE DE POCHE

MARINETTE

Trois cents !

FRONTIN

Les profits!

MARINETTE

La défroque!

GÉRONTE, à part.

Tant de zèle à la fin me paraît équivoque :

Et quel but peut avoir un tel acharnement?

Ne vous empêtrez pas d'un pareil garnement.

FRONTIN

Par bonté d*âme il faut que je vous .avertisse. . .

MARINETTE

Vous allez, avec lui, prendre à votre service Une collection de penchants dissolus.

FRONTIN

Elle a tous les défauts, et quelques-uns de plus!

GÉRONTE

Au fait, elle a bien Tair d une franche coquine.

FRONTIN

C'est sa seule franchise.

MARINETTE

Et lui, voyez sa mine.

Son œil d'oiseau de proie et son teint basané : C'est un coupe-jarret authentique et. . . signé !

GÉRONTE

Marinette, Frontin, je vous crois l'un et l'autre; Et sur chacun de vous mou avis est le vôtre.

Mon choix entre vous deux hésite suspendu ; Aussi, tout bien pesé, bien vu, bien entendu, J'aime encor mieux Champagne, et vais à sa recherche Dans le cabaret louche où d'ordinaire il perche.

Il sort.

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