‹ Théâtre de pocheChapitre 65 sur 82 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

LES MÊMES , MÂRlNËTTE.

FRONTIN

Qu'as-tu donc, mon enfant?

HARUtETTE, feignant de ne pas voir Géroute.

Je n'ai rien.

FRONTIN

Si; ta mine, Qu'un sourire joyeux d'ordinaire illumine.

Est lugubre, aujourd'hui, comme un enterrement i On dirait que tu viens de perdre ton amant.

MARINETTE, même jeu.

Pour le perdre, il faudrait Tavoir eu... Je suis sage, Et n'admets que soupirs tendant au mariage,

6ÉR0MTE, à part.

Où diable va se nicher la vertu?

FRONTIN

Hais alors, d'où te vient cet air morne, abattu?

MARINETTE, même jeu.

D une tout autre cause. Â me flatter trop prompte. J'avais Fespoir de plaire au bon monsieur Géronte, Et d'entrer, pour tout faire, en service chez lui... Tu sais le résultat, et j'en ai de Tennui.

GÉRONTE, même jeu.

Je suis vraiment fâché de ne Tavoir pas prise.

MARINETTE, même jeu.

Maintenant, il est seul. Qui le coiffe et le frise? Qui lui met sa cravate et lui cherche ses gants? Moi, j'aurais eu pom* lui tous ces soins fatigants, Et je l'aurais choyé comme une fille un père !

GÉRONTE, mêpie jeu.

Ce que je n'ai pas fait, je puis encor le faire.

MARINETTE

C'est un homme si doux, si poli, si charmant!

FRONTIN

Je ne partage pas du tout ton sentiment.

Un vieux...

GÉRONTC, bas à Froûtin.

Gomment?

PRONTIN.

Laid, sot...

CÉRONTE, même jeu.

Gredin !

PRONTIN.

Acariâtre..

Bandit !

GERONTE, de même.

PRONTIN.

Crasseux!...

GERONTE, de même.

Je vais te battre comme plâtre, Si...

PRONTIN, basàGéronte.

C'est pour réprouver, monsieur; tenez-vous coi ! Tu le trouves donc bien ?

II a je ne sais quoi De franc, d*épanoui, qui* me plaît et m'enchante. Ah î que de le servir j'aurais été contente !

GÉRONTE, à pari.

Quel bon cœur ! Je me sens le coin de Tœil mouillé, Et; par l'émotion, j'ai le nez chatouillé.

Il éternue.

MÀRINBTTE.

J'entends éternuer, et je ne vois personne !

GÉROIiTE.

C*est moiqui...

MARUNETIE.

Mais quelle est cette voix qui résonne?

Un Ëintôme, un esprit...

GÉRONTE

Eh! non; c est moi.

MARINETTE

Qui donc?

GÉRONTE

Géronte.

MARU4ETTB.

Et votre corps, où donc est-il?

FRONTIN, décoiffant Géronte.

Pardon I Monsieur, vous oubliez que pour être visible U faut vous décoiffer.

MARIMETTE.

Ah ! quelle peur horrible, Monsieur, vous m'avez faite !

GÉROMTE.

Allons, rassure-toi; le vais en quatre mots dissiper ton effroi :

Ce chapeau, qu'il suffît d oter et de remettre, Me fait à volonté paraître et disparaître !

216 THÊLTRË DE POCHE

MARINETTE, à pari.

Feignons d'être timide et jouons Tembarras.

GÉRONTE

La place que tu veux, mon enfant, tu l'auras.

MARINETTE

Vous étiez là, monsieur? Vous m'avez entendue?.. Le trouble. . . la pudeur. . . Ah ! je suis confondue !

GÉRONTE

Ton dévoûment pour moi s'est fait connaître ainsi.

FRONTIN

Pendant que nous voilà, si nous tentions aussi,

Avec ce talisman, une autre expérience.

Pour savoir ce qu'Inez sur votre compte pense?

GÉRONTE

Pourquoi &ire, Frontin? Je ne suis pas aimé!

FRONTIN

Si, vous Têtes. Le cœur est un livre fermé; Il faut qu'il soit ouvert pour qu'on y puisse lire.

MARINETTE

Voulez-vous qu'une femme aille d'abord vous dire Les feux dont en secret elle brûle pour vous?

GÉRONTE

Mais elle m'a vingt fois re^sé pour époux !

FRONTIN

Et vous vous arrêtez à de telles vétilles ?

Le véritable sens du non des jeunes filles, C'est oui I

MARINETTE

Monsieur, je suis de Favis de Frontin :

Mademoiselle Inez vous aime, c'est certain.

GÉRONTG.

Prends ma clef, Marinette ; ouvre, entre et fais en sorte, Sous un prétexte en Tair, que ma pupille sorte.

Marinetle entre dans la maison.

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